Saint-Pol : ATRE consacre son nouveau site au mélange des gens

Chez ATRE, ils ont le don de ne pas faire comme tout le monde, et plus le temps passe, plus ça ne s’arrange pas ! Ce qui était à l’origine une gentille association de réinsertion par l’emploi, en récupérant et retraitant les déchets, est devenu un grand bazar qu’on ne sait plus quel est le bout qui va devant. Voyez donc : pour l’inauguration de leur nouveau site, prévue ce  vendredi 4 octobre, ils n’ont rien trouvé de mieux que de chambouler les agendas en inscrivant cet événement au 34 septembre ! Bah oui, parce que c’est aussi le trente-quatrième anniversaire de l’association. Et que ces nouveaux locaux sont situés au 34 rue de Fruges… C’est malin, hein ! Oh, et il y a aussi la réouverture du magasin, situé dans le bâtiment voisin et qu’ils ont trouvé rigolo de baptiser le “36 quai des Bonnes Affaires” : des orfèvres de la blagounette ceux-là.

ATRE se prépare à inaugurer des locaux… vides ! Et l’asso compte sur vous pour décider quoi y mettre.

Mais attendez, ça, ce n’est que la partie emmergée de l’iceberg : ils trouvent même absolument génial d’inaugurer des locaux… vides ! Pas le magasin, qui a été totalement réaménagé, avec un espace plus lumineux, plus grand, plus chaleureux. Mais ce n’est que la vitrine. Ils vont aussi inaugurer un immense hangar flambant neuf, mais sans rien dedans ! Et le pire, c’est qu’ils comptent sur vous pour décider de ce qu’il va falloir y mettre : « Qu’est-ce qu’on en fait ? Ce sera aux salariés de le déterminer, mais aussi aux habitants qui voudraient venir y faire des choses. On a des compétences chez ATRE, mais les gens extérieurs à l’asso savent aussi faire plein de choses. L’objectif, c’est de mettre un outil à leur disposition et qu’ils s’en emparent, qu’ils participent, qu’ils proposent des idées. On veut que ce soit un lieu de partage, que ça ne repose pas que sur nous. On est pour le mélange des gens ! » C’est Timothé Dollé qui ose dire des choses pareilles, et le mec est encadrant : faut-il lui rappeler qu’un chef, c’est là pour cheffer ? Je vous passe les grandes théories selon lesquelles ils voudraient « sortir du productivisme, pour être toujours plus dans le partage et la coopération », les grandes ambitions d’engager « un changement sociétal et écologique », la vocation affichée de « faire vivre le territoire de manière alternative ». Non content de permettre à des milliers d’habitants de se meubler ou de s’habiller avec des produits de seconde main, à des prix dérisoires, en évitant des déchets et l’utilisation de matières premières, voilà qu’ils veulent s’attaquer au productivisme ! Vous ne seriez pas pour la décroissance, tant que vous y êtes ? Mieux vaut ne pas poser la question…

Pas étonnant dans ces conditions que l’association présente un taux d’absentéisme deux fois moins important que les autres structures d’insertion par l’emploi : les salariés font ce qu’ils veulent, ils ont même organisé deux festivals et on ne compte plus les barbecues qui ont émaillé l’été. Heureusement, ils bossent quand même encore à l’ancienne : débarrasser des maisons, porter des meubles, les retaper à l’atelier, en fabriquer d’autres, organiser et faire tourner les trois magasins de la structure… Ouf, les grands principes du capitalisme et de l’exploitation humaine sont toujours présents. N’oublions pas que les salariés en insertion ne sont que de passage et qu’ils sont destinés à retrouver le merveilleux “monde du travail” : c’est sûr qu’après, ça va passer moins de temps à faire de la permaculture dans le jardin, à regarder avec les enfants les abeilles butiner ou à faire de la couture ! Parce qu’ils ont réservé tout un espace pour ça : le fameux bâtiment rebaptisé “Aux berges du 34”. Il n’est pas encore inauguré mais certains en profitent déjà bien : depuis cet été, une dizaine d’ateliers ont été lancés avec de la couture, de la cuisine, du dessin, du jardinage, de la médiation animale… Et avec la rentrée, ils veulent développer de l’éducation populaire avec de l’accompagnement scolaire en utilisant la nature comme support pédagogique, considérant que le français ou les maths, ça peut s’apprendre avec les petites fleurs et les papillons. Ils ont tellement de place qu’ils proposent d’héberger des porteurs de projets impliqués dans l’économie sociale et solidaire, et la coopération. D’ailleurs, ils sont tellement fiers de tout ça qu’ils ont invités à leur inauguration les pontes du territoire, pour leur montrer ce qu’ils ont fait avec leur pognon (bon, c’est de l’argent public, hein, c’est donc surtout votre pognon). Et comme ils ne sont pas trop branchés par le formalisme, ils ont échafaudé une mise en scène pour accompagner les assommants discours. Ça, ce sera vendredi matin, et l’après-midi, c’est portes ouvertes : tout le monde pourra venir visiter les lieux et donner ses idées, surtout les plus farfelues ! Bref, ça promet d’être un joyeux bazar. Et ça fait follement envie.


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