Maison de santé de Gauchin-Verloingt : quoi d’neuf, sans docteurs ?

La maison de santé pluridisciplinaire – MSP – Léonard-de-Vinci est en crise suite au départ de plusieurs médecins, dont celui du docteur Laurent Turi, qui portait le projet depuis l’ouverture de la MSP en 2018. Si elle n’est plus en mesure d’accueillir de nouveaux patients et que son avenir reste incertain, la structure perdure grâce à « une équipe soudée, qui a envie de continuer à travailler sur le territoire », emmenée par Fanny Motte. À vingt-sept ans, la jeune sage-femme a été bombardée à la présidence de l’association qui gère la MSP, en pleine tempête : « Je ne m’attendais pas à me retrouver là si tôt dans ma vie, mais ça me tenait à cœur que la maison de santé puisse poursuivre ses activités. Le départ des différents médecins a été un peu brutal, il y a aussi eu celui de Sandra Dupuis qui coordonnait la MSP et qui était salariée du Dr Turi. On n’a pas vraiment pu assurer une transition. » La douzaine de professionnels toujours en place doit donc gérer la situation, reprendre la gestion de la MSP et surtout faire face au manque de médecins, qui va encore s’aggraver.

La MSP n’aura plus qu’un médecin à partir de février
En effet, la MSP ne compte plus aujourd’hui que deux médecins en exercice : le docteur Isart qui vient de valider sa thèse et souhaite s’installer dans le Ternois, et la docteure Eychenne qui quittera la MSP en février prochain. « On assure au maximum le suivi des patients jusqu’en février, y compris ceux qui étaient pris en charge par le docteur Turi. Mais on les prévient qu’à partir de février, ce ne sera plus possible. Seul le docteur Isart sera toujours présent et il ne pourra pas se charger de toute la patientèle. On invite les patients à contacter la CPAM ou à chercher d’autres généralistes aux alentours. En l’espace de deux ans, on a perdu cinq ou six médecins dans le secteur, alors qu’on était déjà dans un désert médical. Là, c’est devenu encore plus compliqué, on en a parfaitement conscience. »

Une douzaine de professionnels de santé motivés à s’investir sur le territoire
Si la MSP n’aura bientôt plus qu’un seul médecin, elle accueille toujours une riche équipe d’une douzaine de professionnels de santé : « Nous avons une ergothérapeute, une psychomotricienne, une psychologue, un orthoptiste, une sage-femme, un ostéopathe, une sophrologue, une infirmière-sophrologue, un cabinet avec trois infirmiers, une infirmière en pratique avancée. Il y a aussi les consultations avancées du centre hospitalier d’Arras. » Tous auraient la volonté de rester sur le territoire et de travailler ensemble pour maintenir une offre de santé de proximité. Mais ils doivent tout d’abord gérer la situation d’urgence, avant de se projeter sur l’avenir : « La première étape, c’est d’essayer de voir quelle organisation mettre en place pour que ce soit le plus optimal pour les patients et pour les professionnels de santé – pour qu’ils ne s’épuisent pas non plus. Une fois qu’on aura trouver cet équilibre, il faudra voir comment recruter des médecins et faire vivre la maison de santé comme c’était le cas auparavant. Si ce n’est pas possible, on devra réfléchir à ce qu’on fait et comment on le fait. On a envie de rester, de travailler ensemble, c’est le plus important. À voir sous quel format, si on se rend compte que le format maison de santé ne fonctionne pas ou si on n’a pas de médecins qui arrivent », résume Fanny Motte. En effet, pour être reconnue comme maison de santé, il faut que l’équipe compte au moins deux médecins, ce qui est aussi une condition pour bénéficier de financements publics – liés également au nombre de patients suivis.

Attirer des professionnels sur le territoire, au-delà de la maison de santé
Pour les professionnels actuellement en place, l’activité ne faiblit pas, bien au contraire. Mais pour qu’ils puissent continuer à exercer dans le cadre de la maison de santé, il va falloir à terme que d’autres médecins les rejoignent. « Le recrutement est compliqué. Le territoire n’attire pas forcément : le désert médical fait peur aux nouveaux médecins qui savent qu’ils vont avoir une charge de travail importante. Il faut rendre le territoire plus attractif, pour la maison de santé, mais pas seulement. S’il y a des médecins qui ont pour projet de s’installer sur le territoire, c’est déjà super intéressant », estime Fanny Motte. Elle compte sur la nouvelle communauté professionnelle territoriale de santé – CPTS – pour apporter une réponse aux patients du territoire et enclencher une dynamique pour attirer de nouveaux professionnels : des médecins évidemment, mais pas seulement – essayez de trouver un kinésithérapeute dans le coin ! « La CPTS est toute jeune, on est en train de la créer mais ça peut être une des portes d’entrée pour l’arrivée de médecins, pour monter divers projets sur le territoire. On travaille sur le lien ville-hôpital, les soins non programmés, le bien-être des professionnels de santé… Ça permet de travailler ensemble, même sans être sous le même toit. »

Des patients en détresse et en colère
Quant à l’avenir de la maison de santé Léonard-de-Vinci, des discussions sont en cours : « L’intercommunalité nous a contacté rapidement après l’annonce du Dr Turi, car c’est elle qui est propriétaire du bâtiment. TernoisCom nous a dit qu’ils étaient en contact avec Santélys pour essayer de faire venir des médecins l’année prochaine au sein de la maison de santé. On discute beaucoup avec eux pour essayer d’attirer de nouveaux professionnels, on négocie aussi sur le prix des loyers. On a eu plusieurs propositions, mais on attend les chiffres définitifs.  » Pour l’instant, la nouvelle présidente indique ne pas avoir eu de contacts avec l’Agence régionale de santé ou d’autres structures qui pourraient l’accompagner dans la redynamisation de la MSP. Néanmoins, elle reste optimiste et sait qu’elle peut compter sur l’équipe présente, mais elle est aussi consciente du désarroi des habitants qui ont de plus en plus de difficultés à trouver des solutions pour se soigner : «  Il y a des patients qui sont en colère et en détresse parce qu’ils n’ont plus de médecin traitant. Ils ne savent pas vers qui déverser cette détresse et le font sur les professionnels qui sont encore ici. On comprend complètement leur angoisse, si on pouvait prendre tout le monde on le ferait. Les professionnels ui sont ici ont envie de rester, de travailler ensemble, reste à sous quel format. J’aimerais avoir des réponses claires et précises, mais c’est encore un peu tôt. »


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