Les professionnels de santé rassemblés pour trouver une réponse à la désertification médicale

« Évidemment, on parle beaucoup de ce qui ne fonctionne pas sur le territoire, mais il y a aussi des choses qui vont bien au niveau de la santé. C’est très compliqué à Saint-Pol mais à Pernes ou Auxi, ça ne va pas si mal. On veut voir le verre à moitié plein et fédérer les professionnels pour trouver des réponses aux besoins des patients, même s’il n’existe pas de solution miracle. » Infirmière de métier, Alexandra Payen a pris la tête de la communauté professionnelle territoriale de santé – CPTS – lancée l’été dernier pour rassembler les professionnels du Ternois et développer des synergies. Ils ont tenu leur quatrième réunion à la maison de santé d’Auxi-le-Château, pour deux heures d’échanges autour de la situation sanitaire dans le Ternois. « Même si nous sommes beaucoup décriés, les professionnels de santé se mobilisent au quotidien pour améliorer la situation et travailler ensemble. C’est la seule solution concrète que nous ayons aujourd’hui face à la démographie médicale qui s’est effondrée, plongeant une grande partie de la population dans la détresse », constatent Alexandra Payen et ses confrères. Une trentaine de pharmaciens, médecins, kinésithérapeutes, podologues, infirmiers classiques ou en pratiques avancées, orthophonistes, et autres psychologues étaient ainsi rassemblés, témoignant d’une offre médicale encore fournie sur les 119 communes de TernoisCom et des 7 Vallées, mais toujours très insuffisante pour absorber l’ensemble des besoins : « Le gros point noir aujourd’hui concerne le secteur de Saint-Pol », souligne Alexandra Payen. « À Frévent, c’est difficile aussi », ajoute un participant, complété par un autre : « Même à Hesdin, ça ne va pas s’améliorer… » « Ça fonctionne bien dans certains endroits, mais les professionnels présents ne peuvent pas absorber toute la patientèle et remplacer les différents départs », résume la présidente. Les premiers travaux de la CPTS ont identifié un point crucial : le manque de réponses pour les soins non-programmés (en gros, les urgences).

Alexandra Payen, présidente de la CPTS Ternois Santé

Ainsi, ces derniers mois, la polyclinique du Ternois a vu le nombre de passages aux soins non programmés exploser jusqu’à plus de soixante patients par jour. « On accueille tous les patients qui font face à un problème de régulation, pour ceux qui n’ont plus de médecin traitant, mais on ne peut pas effectuer les renouvellements de traitement ou d’arrêt de travail », explique Eugénie Dequidt. Installée depuis deux ans à Saint-Pol, elle salue l’initiative de la CPTS de réunir les acteurs de la santé du territoire : « Avoir les numéros de téléphone des autres professionnels, connaître les ressources sur le secteur, savoir qui peut encore prendre des patients, c’est très pratique pour nous, que ce soit pour les médecins, mais aussi tous les autres professionnels. » Concrètement, la CPTS peut également ouvrir de nouvelles possibilités aux soignants : « Nous pouvons réfléchir à créer des ordonnances types pour les médecins et infirmiers du territoire. Nous pourrions également envisager d’avoir des protocoles communs, pour éviter de passer par les médecins pour certains actes, ce qui permettrait de leur dégager du temps », suggère Alexandra Payen, même si elle souligne que les infirmières sont de plus en plus sollicitées pour des actes qui ne sont pas valorisés. Si fédérer les professionnels autour de la CPTS peut apporter une meilleure réponse aux habitants, attirer de nouveaux professionnels reste le principal enjeu pour soulager la pression : médecins évidemment, mais aussi kinésithérapeutes, dentistes ou orthophonistes font cruellement défaut.

« Il faut dire aux patients que s’ils n’ont pas de médecins, ils peuvent appeler la Sécu ou interpeller leurs élus : là, ça va bouger ! »

Eugénie Dequidt, médecin à Saint-Pol-sur-Ternoise

Pour en attirer de nouveau, il n’y a pas de secret : il faut leur dérouler le tapis rouge. « On a envisagé de faire venir des médecins salariés avec Santélys, mais nous n’avons pas eu de nouvelles de ce côté. De toute façon, à part l’argent, rien ne les fera venir », déplore Alexandra Payen. « Quand les collectivités proposent des loyers gratuits, elles trouvent des candidats en quelques mois », remarque Eugénie Dequidt, qui estime que les pouvoirs publics pourraient en faire plus : « J’ai eu une réunion avec l’Agence régionale de santé et la Sécu, ils ont suggéré d’organiser un bus depuis Lille pour faire visiter Saint-Pol. Ils sont complètement déconnectés. J’ai proposé de faire passer notre secteur en zone d’intervention prioritaire, mais pour faire cela, il faudrait supprimer une autre ZIP et on nous dit qu’il y a pire ailleurs. Il faut qu’on se mobilise, nous les professionnels de santé, mais aussi tous les acteurs du territoire. J’avais l’opportunité de faire venir un kiné à Saint-Pol, on a envoyé deux courriers à la mairie, on n’a jamais eu de réponse ! Il faut dire aux patients que s’ils n’ont pas de médecins, ils peuvent appeler la Sécu ou interpeller leurs élus : là, ça va bouger ! Ils étaient invités ce soir, combien sont venus ? » En l’occurrence, seule Hélène Merlin, vice-présidente chargée de la santé à TernoisCom, avait fait le déplacement. « J’ai envoyé un email aux maires des 119 communes lors de la création de la CPTS, je n’ai eu aucune réponse », regrette Alexandra Payen. Mais nous avons des contacts avec TernoisCom et les 7 Vallées, qui sont prêts à mettre la main au portefeuille. TernoisCom propose même d’aider à trouver un emploi au conjoint, des solutions de garde pour les enfants, une imposition intéressante pendant cinq ans… Quand on réussit à attirer les étudiants ici pour leur stage, beaucoup restent ensuite. » « Il faut aller discuter avec les jeunes à la fac, leur mettre le grappin dessus et les motiver, estime Eugénie Dequidt. Ça vaut le coup d’aller toquer à leur porte. » S’ils n’ont pas trouvé de solution miracle, les professionnels de la CPTS ont constaté qu’ils n’étaient pas isolés et ont pu renforcer leurs liens pour proposer un meilleur suivi de soins aux habitants. Finalement, leur volonté de se mobiliser et leur désir de rester sur ce territoire font d’eux les meilleurs ambassadeurs : rien ne se fera sans eux, mais ils ne pourront rien faire seuls.


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