Saint-Pol : massacres à la tronçonneuse

« On a raccourci la durée de vie des arbres de plusieurs dizaines d’années. J’en suis à penser qu’il aurait mieux valu les retirer plutôt que de les tailler ainsi. Pour moi, c’est de la torture. » Paysagiste saint-polois, Pierre-Jean Houbart a réalisé l’aménagement du quartier de la gare et il se désole du traitement des hêtres colonnaires de la rue Faidherbe. En décembre dernier, les quatre arbres au milieu de la voie ont été mutilés et ont perdu deux tiers de leur hauteur. « C’est ni fait ni à faire – même si on voit souvent ça dans les villes. Soit on enlève l’arbre, soit on en plante un autre, mais on ne doit pas tailler n’importe comment ! Les plaies sont conséquentes, certains ne vont sans doute pas survivre. C’est vraiment humilier l’arbre de le tailler ainsi : on va revenir dessus chaque année pour le maintenir à deux mètres de haut, alors qu’il devrait monter à sept ou huit mètres », déplore le paysagiste.

Les hêtres colonnaires de la rue Faidherbe ont été ratiboisés.

« Des camions tapaient régulièrement dans les branches basses de ces arbres, qui n’ont pas été bien entretenus ces dernières années. C’était le seul moyen de corriger ces arbres. »

Benoît Demagny, maire de Saint-Pol-sur-Ternoise

Interpellé sur le sujet lors du dernier conseil municipal, le maire Benoît Demagny avait justifié ces coupes : « Il y avait des problèmes de sécurité : des camions tapaient régulièrement dans les branches basses de ces arbres, qui n’ont pas été bien entretenus ces dernières années. C’était le seul moyen de corriger ces arbres. Dans un an, on n’en parlera plus du tout, ils seront bien plus beaux qu’ils n’étaient. Un plan va être fait sur plusieurs années pour corriger au fur et à mesure les plantations et les parterres. » L’argumentaire n’a absolument pas convaincu le professionnel et amoureux des plantes qu’est Pierre-Jean Houbart : « Ces arbres avaient une forme pyramidale : même si des branches peuvent venir frôler les véhicules, il aurait été judicieux de désépaissir, de donner un petit coup de taille-haies et de garder la forme verticale. Il aurait été préférable de carrément les enlever. Dans ces plates-bandes, les arbustes verticaux sont taillés en boule pour qu’ils ne dépassent pas. Or, certains auraient dû monter plus haut, sans être plus large pour autant. C’est un manque de connaissance de ces végétaux. J’ai fait savoir à la mairie qu’il ne fallait plus faire de tailles de ce type. »

Les hibiscus du jardin Salengro ont également perdu quelques mètres de hauteur.

« On parle de plus en plus du respect des animaux, on devrait tout autant respecter les plantes. »

Pierre-Jean Houbart, paysagiste saint-polois

Malheureusement, les massacres ont continué et des habitants sensibles à l’environnement ont constaté avec effroi d’autres interventions sauvages. Ainsi, les cinq charmes pyramidaux au cimetière sud ont également été sévèrement « corrigés », pourtant ils disposaient de l’espace nécessaire pour s’épanouir et ne devaient pas gêner le passage des camions. Le militant écolo Michel Feutry s’en est d’ailleurs ému auprès du maire de Saint-Pol et, en signe de protestation, a décidé de quitter le groupe de travail sur les mobilités douces dans la commune. D’autres interventions ont ému les amoureux des arbres : sur les marronniers de la place Mitterrand, érables face au lycée Châtelet, ou encore les hibiscus du jardin Salengro – le vieux poirier a heureusement été épargné. Certains s’inquiètent d’autres interventions à venir, notamment sur les chênes et charmes du boulevard Gambetta ou, de l’autre côté de la voie ferrée, sur les tilleuls de la rue de Frévent. Pour le paysagiste Pierre-Jean Houbart, une nouvelle approche de la gestion des espaces verts doit être développée : « J’ai un rapport spirituel avec les végétaux : l’arbre est un individu aussi intelligent que nous, sous sa forme. Il faut changer les mentalités et mettre dans chaque équipe des amoureux du végétal. Si on adapte les arbustes aux lieux, on peut les laisser pousser et ne donner qu’un petit coup de sécateur, dans le respect des plantes. Il faut oublier le taille-haies systématique. De plus, avec le changement climatique, les périodes de végétation ne sont plus les même. Dans mon métier, la plupart des paysagistes sont des constructeurs qui ne connaissent pas les végétaux, c’est la même chose dans les écoles et les équipes des espaces verts. On parle de plus en plus du respect des animaux, on devrait tout autant respecter les plantes. »

Des citoyens s’inquiètent pour les chênes et charmes du boulevard Gambetta.
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