L’habillement interdit à la vente en boutique mais autorisé sur les marchés


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D’habitude, Frédérique Chavatte ne peut se rendre au marché de Saint-Pol le lundi matin, puisqu’elle doit tenir sa boutique de vêtements, Douce en soi. Son magasin étant fermé pour cause de confinement, la commerçante en a profité pour redécouvrir le marché hebdomadaire. Mal lui en a pris : « Ça m’a fait tout drôle en arrivant, je n’y croyais pas ! » Devant ses yeux ébahis, entre les légumes, la viande et le poisson, des étals proposent du prêt-à-porter, de la maroquinerie, des chaussures…. autant de produits qu’elle pourrait vendre dans sa boutique. « C’est d’une incohérence totale. Nous n’avons pas le droit d’ouvrir notre magasin, mais si on se met sur le trottoir, on a le droit de vendre ? », s’interroge Frédérique.

« Vendredi, on m’avait dit que seuls les métiers de bouche pouvaient venir. Et là, à 14 heures, j’ai reçu un message de la préfecture indiquant que tous les commerçants habituels pouvaient venir. »

Policier municipal de la ville de Frévent

Elle n’est d’ailleurs pas la seule : marchands et chalands s’étonnent aussi de la présence de vendeurs de vêtements. Ces derniers eux-mêmes ne comprennent pas vraiment la situation : « C’est le seul marché qui nous a autorisés à venir. D’habitude, on fait aussi ceux de Frévent, Hesdin ou Fruges, mais ils n’accueillent que les produits alimentaires », indique une des marchandes. Bonne nouvelle : elle pourra finalement se rendre à Frévent mardi, ainsi que sur tous les autres marchés ouverts. « Le marché pourra se tenir normalement, annonce un agent de la police municipale de Frévent. J’ai eu une information contraire vendredi, on m’avait dit que seuls les métiers de bouche étaient autorisés. Et là, à 14 heures, j’ai reçu un message de la préfecture indiquant que tous les commerçants habituels pouvaient venir. Il faut que je les appelle pour les prévenir ! »

« On a reçu un message de la mairie invitant les commerçants à s’installer sur le marché. »

Les vendeuses du magasin Cache-Cache de Saint-Pol-sur-Ternoise

En effet, le décret pris par le Premier Ministre Jean Castex vendredi 19 mars a précisé des restrictions pour les marchés « couverts » mais rien concernant les marchés « ouverts ». Il est donc tout à fait possible de vendre en extérieur des produits qui ne peuvent l’être dans les commerces jugés « non essentiels ». À l’entrée du marché de Saint-Pol, le magasin Cache-Cache a saisi l’aubaine et sorti quelques portants sur son trottoir : « On a reçu un message de la mairie invitant les commerçants à s’installer sur le marché. Vu qu’on est dans la zone, on en a profité, mais personne n’entre dans le magasin. Ce n’est pas ce qui nous fait vivre, mais ça permet de maintenir le contact avec nos clients », commentent les vendeuses, qui sont les seules à avoir investi l’espace public. « C’est très bien pour tous ceux qui peuvent travailler, mais c’est totalement incohérent », regrette Frédérique Chavatte, qui n’était pas au courant de la possibilité de s’installer sur le marché. Elle ne décolère pas d’être traitée de « non essentielle » et d’être empêchée de travailler : « Le virus circule et on doit toujours faire très attention, mais on met tout en place pour que ça se passe bien dans nos magasins. Je désinfecte tout après chaque passage, je porte mon masque, je passe les vêtements à la vapeur après les essayages… La saison est foutue, c’est en ce moment qu’on vend la collection printemps. » La commerçante ne se résigne pas pour autant et se prépare à relancer, comme tant d’autres, le “click & collect”, ou plutôt le “cliquez-retirez” pour cette amoureuse de la langue française dans laquelle, là aussi, les exceptions font et défont les règles, parfois au mépris de toute logique.


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