Ternois : des eaux non-conformes à cause de résidus d’un herbicide interdit

Depuis janvier 2021, les deux métabolites du chloridazone peuvent être recherchés dans les contrôles sanitaires des eaux destinées à la consommation humaine : le chloridazone desphényl et méthyl desphényl sont des molécules issues de la dégradation de l’herbicide utilisé dans la culture de betteraves. Mis sur le marché à partir des années soixante et interdit depuis 2019, ses résidus se retrouvent désormais dans les eaux distribuées à la population. D’après l’Agence régionale de santé – ARS – des Hauts-de-France, environ 600 des 890 communes du Pas-de-Calais « distribuent une eau dont la teneur en métabolites est comprise entre 0,1 µg/l et 2 µg/l », dépassant ainsi la limite de qualité établie au niveau européen : autant de communes où l’eau est considérée non-conforme. Territoire fortement marqué par l’agriculture, le Ternois est largement concerné par ces dépassements.

Des dépassements systématiques enregistrés dans vingt-deux réseaux du Ternois

Sur les 40 réseaux d’eaux destinées à la consommation humaine (voir tableau ci-dessous) qui alimentent les communes de TernoisCom (NDR : nous n’avons pas intégré Vitz-sur-Authie, située dans la Somme), 28 ont enregistré au moins un dépassement de la norme de 0,1 µg/l depuis janvier 2021, dont 22 réseaux où les recherches de ces métabolites ont systématiquement dépassé le seuil de qualité. Néanmoins, les recherches de ces métabolites sont loin d’être automatiques. Ainsi, ils n’ont jamais été recherchés dans 9 des 40 réseaux étudiés : impossible pour les habitants de savoir s’ils ingèrent des métabolites de chloridazone, ni surtout dans quelles proportions. Seuls trois réseaux n’ont enregistré aucun dépassement lors des recherches : celui de Bergueneuse, Équirre, Fontaine-les-Boulans, Heuchin, Prédefin (deux relevés en 2021/2022) ; de Quœux-Haut-Maînil (trois relevés) ; et de Ames, Amettes, Fontaine-les-Hermans, Lières, Nédon et Nédonchel (un relevé). Concernant les 26 autres réseaux pollués, sur les 75 analyses de l’eau intégrant la recherche des métabolites, 67 sont non-conformes (89 %) avec des taux dépassant les 0,1 µg/l – et souvent suffisants pour faire exploser le seuil du total de pesticides admis fixé à 0,5 µg/l. Les plus hauts taux ont été enregistrés sur le réseau d’Ostreville-Marquay, avec un record à 1,96 µg/l pour le chloridazone desphényl en novembre 2021, juste en-dessous du « seuil de surveillance » renforcé établi depuis quelques jours à 2 µg/l. Jusqu’en juin dernier, la « valeur de gestion provisoire » était fixée à 44 µg/l pour les Hauts-de-France ; désormais, l’ARS envisage des restrictions de consommation « uniquement » si les valeurs dépassent 3 µg/l.

En début d’année, les maires de Framecourt et d’Herlincourt avaient averti leur population de la présence des deux métabolites à des taux supérieurs à la norme. Mais en l’absence d’obligation d’information (la préfecture du Pas-de-Calais assurant alors que l’eau pouvait toujours être consommée tant que les seuils restaient sous 44 µg/l), la plupart des habitants du Ternois n’ont pas été avertis de la non-conformité de leur eau. Par ailleurs, chaque analyse constatant un dépassement annonce la mise en place d’un « contrôle renforcé », voire d’un « prélèvement de recontrôle » : pourtant, la plupart du temps, les analyses ultérieures ne reprennent pas la recherche des deux métabolites de chloridazone. Ainsi, l’eau peut être déclarée « conforme aux exigences de qualité en vigueur pour l’ensemble des paramètres mesurés », sans que l’évolution des produits incriminés soit prise en compte. Néanmoins, l’ARS souligne que le seuil de 0,1 µg/l est « une valeur environnementale et non une valeur sanitaire » et considère donc que, entre 0,1 et 2 µg/l, « l’eau pourra continuer à être consommée ». Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’environnement et du travail, « il n’est pas possible de conclure sur les potentiels mutagènes ou génotoxiques de la chloridazone-desphényl et de la chloridazone-méthyldesphényl ».

Consultez les analyses d’eau de votre réseau sur le site de l’ARS.

Sur le sujet, voir le reportage de Complément d’enquête sur le thème : l’eau du robinet est-elle (vraiment) potable ?

Illustration : Moufledalf/Dall-E 2


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