Un pesticide interdit identifié dans l’eau du syndicat de la région d’Hautecloque

« Deux analyses du 10 juin et du 3 août (NDR : 2021) ont révélé la présence d’un pesticide et ses deux métabolites dans notre eau distribuée », d’après un courrier du président du syndicat des eaux de la région d’Hautecloque, Claude Devaux, remis en fin d’année aux maires des huit communes adhérentes : Écoivres, Flers, Framecourt, Hautecloque, Herlincourt, Nuncq-Hautecôte, Séricourt et Sibiville. Certains, comme les maires d’Herlincourt et de Framecourt, ont décidé de communiquer l’information à leurs habitants ; d’autres ont préféré ne pas alarmer leurs administrés : « La position du syndicat était de ne pas paniquer la population pour rien car il n’y a pas de risque établi. Pour l’instant, l’eau est considérée comme potable : la préfecture nous dit que les seuils ne sont pas atteints et l’Agence régionale de santé font des tests pour savoir quel est le seuil de toxicité », explique Claude Devaux. En effet, aucune valeur maximale n’est établie pour la chloridazone et ses dérivés. Les herbicides produits à partir de cette molécule ont pu être utilisés jusqu’à la fin de l’année 2020 et sont désormais interdits de vente et d’utilisation. Bien que la chloridazone ait été utilisée depuis les années soixante, les valeurs sanitaires maximales dans les eaux destinées à la consommation humaine n’ont jamais été établies : les taux relevés dans les eaux du syndicat d’Hautecloque ne peuvent donc pas dépasser des seuils qui n’existent pas !

Courrier du préfet au président du syndicat intercommunal des eaux d’Hautecloque

« Les taux relevés ne pouvaient être considérés comme risque sanitaire, même s’ils dépassent le seuil habituel donné pour tous les pesticides de 0,1 µg/litre. »

Claude Devaux, président du syndicat intercommunal des eaux de la région d’Hautecloque

Les relevés de juin et août faisaient état de taux de 0,81 et de 0,74 µg/litre et l’analyse réalisée en septembre donnait « à peu près la même chose », selon le président du syndicat qui précise dans son courrier aux maires : « Les taux relevés ne pouvaient être considérés comme risque sanitaire, même s’ils dépassent le seuil habituel donné pour tous les pesticides de 0,1 µg/litre, car des études scientifiques sont en cours pour définir le seuil d’acceptabilité sanitaire pour ce pesticide. » Claude Devaux a finalement reçu une réponse de la préfecture, avec des « valeurs de gestion provisoires » très rassurantes, établies à 44,4 µg/litre : « Il n’y a donc pas lieu de restreindre la consommation d’eau, pour tous les usages alimentaires sur les unités de distribution concernées. Toutefois, une surveillance renforcée est mise en place de façon trimestrielle, incluant la recherche systématique de la chloridazone et de ses deux métabolites, afin de suivre l’évolution de la situation », estime Louis Le Franc, préfet du Pas-de-Calais. Dans son courrier aux maires, Claude Devaux conseillait « pour le moment une utilisation minimale de l’eau en alimentation » : « Les analyses effectuées depuis septembre sont déclarées ainsi : « eau d’alimentation conforme aux exigences de qualité pour l’ensemble des paramètres mesurés», mais sur ces analyses, le paramètre chloridazone ne figure pas. » Le président du syndicat se veut aujourd’hui plus rassurant, s’appuyant sur les valeurs provisoires de la préfecture : « S’il existait une toxicité, nous aurions été informés. Pour l’instant, nous n’avons pas de preuve scientifique, sinon l’Agence régionale de santé aurait pris des mesures rapidement. Si on me demande si l’eau est potable, je réponds que oui : moi, je l’utilise et je la bois. »

« Les seuils ne sont pas connus, mais selon le principe de précaution, je pense qu’il est important que les administrés sachent qu’il y a un problème. »

Jérôme Grare, maire de Framecourt

Le maire de Framecourt, Jérôme Grare, se veut plus prudent : « Je pense qu’il était important de dire aux personnes qui consomment de l’eau du village qu’on avait quelques problèmes liés à ce taux, qui est un peu élevé. On a une réponse de la part du préfet qui est un peu ambigüe : comme on ne recherche pas ce genre de pesticides, on n’a pas de données, donc tout va bien ! Les seuils ne sont pas connus, mais selon le principe de précaution, je pense qu’il est important que les administrés sachent qu’il y a un problème. Même si l’eau est considérée comme potable, il peut y avoir quelques soucis. Moi aussi, j’en consomme, mais peut-être pas autant qu’avant : on fait quand même attention. » Quant à son homologue d’Herlincourt, Philippe Armand, qui a également transmis le courrier du syndicat des eaux à ses habitants, il s’est résigné à acheter de l’eau en bouteille pour sa consommation personnelle.


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