Élèves, enseignants et personnels découvrent une nouvelle forme de vie scolaire à Saint-Pol


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– Je peux manger mon dessert ?
– Ah non, tu finis ton plat d’abord !
– Madame, je peux en ravoir ?
– Désolé, on ne peut pas vous resservir, c’est exceptionnel.

À la cantine du groupe scolaire de Saint-Pol, le déjeuner se déroule presque normalement. Depuis la reprise, mardi, les enfants ont appris à respecter les nouvelles règles et le personnel s’est adapté à la situation. « Les changements portent surtout sur notre organisation, explique le responsable de la cantine, Jean-François Deroo. Auparavant, nous faisions un service à table avec un chariot ; désormais, nous servons directement sur un plateau, avec des plats sous cloche. Nous utilisons des assiettes et couverts jetables également. Nous avons évidemment revu l’agencement de la cantine, pour que les élèves ne soient pas face à face. J’ai tout mesuré pour assurer les quatre mètres carrés par enfant. » Entre deux services, les tables sont désinfectées et les chaises rouges laissent leur place aux vertes : l’ensemble sera nettoyé à l’issue du déjeuner.

« On passe notre temps à se laver les mains. »

À quelques mètres de là, ce sont les maternelles qui déjeunent. Ils ne sont que sept à la cantine en cette deuxième journée de reprise : « Le plus compliqué, c’est de faire respecter les distances chez les plus petits », expliquent les Atsem (1), qui accompagnent les enfants tout au long de la journée : « On passe notre temps à aller se laver les mains. » Les plus petits entrent avec un cerceau autour de la taille, tout comme ils le font lors de chaque déplacement au cours de la journée afin d’assurer la distanciation physique nécessaire. Chaque niveau s’est vu attribuer une couleur et un espace identifié, comme pour les récréations : la cour a été divisée en trois pour empêcher les enfants de groupes différents de se croiser. Malheureusement, cela contraint le petit Guillaume* à déjeuner isolé, puisqu’il est le seul de son niveau à fréquenter la cantine. Avec seulement sept enfants, le déjeuner se déroule dans le silence : « C’est plus calme que d’habitude. Normalement, c’est du bruit, du bruit, du bruit », constatent les Atsem. Et pour cause : sur les quelque centre quatre-vingts maternelles normalement accueillis à l’école Pignion, ils ne sont que treize actuellement.

Le petit Guillaume* déjeune isolé, puisqu’il est le seul de son groupe à fréquenter la cantine.

« Les collègues avaient une certaine appréhension de la reprise, mais ils étaient soulagés à l’issue du premier jour. »

Marie-Christine Crépin, directeur du groupe scolaire de Saint-Pol-sur-Ternoise

À l’école élémentaire voisine, soixante-dix-huit élèves sont en cours, alors qu’ils sont plus de trois cents en temps normal. Quasiment tous ceux qui avaient annoncé leur retour sont présents, à l’exception de quelques-uns pris de crise d’angoisse la veille de la reprise. Il manque également les treize élèves de l’IME : ils suivent les cours dans leur établissement de Saint-Michel. « Nous avons neuf classes sur quinze, dénombre la directrice, Marie-Christine Crépin. Les enseignants sont en doublette pour pouvoir assurer les cours à ceux qui ne sont pas revenus. Dans les classes, les enfants restent à leur place. Un agent de la ville passe ses journées à tout désinfecter, c’est notre “Monsieur Propre”. » Les services techniques de la ville ont installé des barrières sur le parking voisin pour séparer les élèves lors de l’accueil ; ils ont peint des marques sur le sol des cours de récréation pour assurer les distances physiques préconisées. Les professeurs, masqués eux aussi, surveillent et s’efforcent de proposer des activités sans contact durant les récréations : 1, 2, 3 soleil reste un grand classique. « Avec les élèves, nous avons réussi à dédramatiser la situation et à rendre tout ceci convivial. Nous devons roder notre organisation, mais ça fonctionne plutôt bien. Les collègues avaient une certaine appréhension de la reprise, mais ils étaient soulagés à l’issue du premier jour. C’est stressant et compliqué, mais on y arrive. »

« On réfléchit à comment accueillir un maximum d’élèves, mais la priorité restera donnée aux enfants des personnels prioritaires. »

Marie-Christine Crépin, directeur du groupe scolaire de Saint-Pol-sur-Ternoise

Néanmoins, d’autres difficultés se profilent, alors que d’autres élèves pourraient revenir début juin : « Nous verrons alors si nous serons en mesure de répondre à toutes les demandes. Nous restons attentifs aux annonces et regardons ce qui se fait ailleurs. On réfléchit à comment accueillir un maximum d’élèves, mais la priorité restera donnée aux enfants des personnels prioritaires. » D’ailleurs, pendant les quasi deux mois de confinement, l’école a accueilli une vingtaine d’enfants, y compris pendant les vacances, grâce à des animateurs de la ville. Certains ont ainsi fréquenté l’école depuis mi-mars, tout comme la directrice qui est présente chaque jour, vacances comprises, notamment le mardi pour assurer une permanence et distribuer les devoirs aux familles ne disposant pas d’imprimante. Marie-Christine Crépin est épuisée, mais satisfaite d’avoir réussi à organiser l’accueil des élèves : « Nous avons été aidés par la municipalité et l’inspection de l’Éducation Nationale pour trouver des solutions. Beaucoup de parents nous ont remerciés, c’est notre plus belle récompense. Quand le mardi soir, un enfant lance “À jeudi”, avec enthousiasme à son professeur, c’est que nous avons réussi. »

* : les prénoms ont été modifiés.
(1) : Agent territorial spécialisé des écoles maternelles

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