Saint-Pol : une micro-forêt va pousser au parc de la Farfouille, selon la méthode Miyawaki

Une partie du parc de la Farfouille va être reboisée grâce à la méthode Miyawaki : une technique venue du Japon qui vise à créer des “micro-forêts”, notamment en milieu urbain. « Nous avons un projet de mini-forêt, de l’ordre de 500 m², avec une densité d’arbres plantés très importante, soit trois par mètre carré pour 1 500 arbres. On recherche des essences d’arbres locales, on plante de petits sujets, avec une densité très forte de façon à recouvrir assez vite le terrain, en trois ans, sans un besoin très important en entretien. Il faut bien penser le projet pour que ce soit un lieu agréable, une zone de balade, peut-être avec des allées à l’intérieur pour permettre aux habitants de parcourir cette forêt et ne pas avoir un seul bloc de 500 m² », expliquait le maire de Saint-Pol-sur-Ternoise, lors du dernier conseil municipal.

« Ce n’est pas tout le parc de la Farfouille qui sera transformé en forêt, ce sera une toute petite partie»

Benoît Demagny, maire de Saint-Pol-sur-Ternoise

La “micro-forêt” ne couvrira donc pas l’ensemble du parc, mais une partie actuellement occupée par de la pelouse et une table de pique-nique : « Ce n’est pas tout le parc de la Farfouille qui sera transformé en forêt, ce sera une toute petite partie : c’est cinquante mètres par dix, on ne va pas révolutionner le monde avec ça. C’est déjà bien, c’est une première étape et c’est un projet qui a déjà fait ses preuves ailleurs. » Benoît Demagny a vanté les mérites de cette méthode qui permet à la fois de replanter des arbres, tout en limitant les coûts d’entretien : « On a là des pelouses qu’on tond tous les quinze jours alors qu’on pourrait faire une forêt de cinq cents mètres carrés qui va s’autoréguler par la suite. La densité des plantations permet à l’ensemble de pousser plus vite. C’est mieux que d’avoir un arbre tous les cinq mètres et de devoir entretenir entre deux. » Le coût de l’opération est estimé à 26 000 euros, avec 7 000 euros de subventions de la région pour la fourniture des arbres. Pour la commune, le montant serait d’environ 18 000 € hors-taxe : « Le support pédagogique n’est pas subventionné. Ce n’est pas rien pour la commune. Si on voit que le budget 2022 ne permet pas ce projet, on le mettra en suspens ou le décalera d’une année », a prévenu le maire.

« Dans la société, vous avez des petits sujets, des grands sujets, des sujets qui malheureusement vont mourir alors qu’ils sont petits, des sujets qui vont vieillir très longtemps… »

Benoît Demagny, maire de Saint-Pol-sur-Ternoise

Ce dernier a souligné le volet pédagogique du projet, qui enchante déjà la directrice de l’école  : « Il est important de communiquer très jeune sur les bienfaits de la forêt. Nous avons aussi la volonté d’atteindre leurs parents et grands-parents. Pour les enfants, il s’agit non seulement de leur parler de la forêt – des bienfaits des arbres par rapport aux gaz, aux effets de serre, à la transformation du CO2 en oxygène avec la photosynthèse – mais aussi de faire un parallèle entre ce qui se passe dans la nature et ce qui se passe dans la société. Dans la société, vous avez des petits sujets, des grands sujets, des sujets qui malheureusement vont mourir alors qu’ils sont petits, des sujets qui vont vieillir très longtemps… » Une belle allégorie quand on sait que 60 à 80% des 1 500 arbres plantés sont condamnés à mourir dans ces “micro-forêts”, comme l’a souligné la conseillère du groupe minoritaire.

« En France, quelques micro-forêts ont été implantées mais on n’a pas suffisamment de recul pour dire qu’elles apportent une biodiversité plus importante qu’une forêt classique. »

Betty Soyez, conseillère municipale du groupe minoritaire

Betty Soyez a nuancé l’impact environnemental du projet en s’appuyant sur un article du journal Reporterre : « Ce projet est un beau projet, qui a le vent en poupe, mais je ne pense pas qu’il soit adapté à la ville de Saint-Pol. L’efficacité de la méthode est surtout analysée au niveau de l’Asie. En France, quelques micro-forêts ont été implantées mais on n’a pas suffisamment de recul pour dire qu’elles apportent une biodiversité plus importante qu’une forêt classique. Il n’y a pas de démonstration scientifique. Le projet de départ – qui est un projet noble visant à planter des arbres avec l’implication des écoles, des enfants – c’est très bien, mais l’année suivante, plus rien ne pourra être fait avec les enfants. Ne serait-il pas envisageable d’utiliser ce lieu, dans un cadre écologique et environnemental, de trouver un autre moyen que celui proposé, avec la plantation d’arbres fruitiers, de haies, avec des nichoirs pour les oiseaux, et cætera ? » Benoît Demagny a défendu la méthode Miyawaki en expliquant que la biodiversité serait la même que dans une forêt « classique» et permet de reconstituer une forêt rapidement : « Dernièrement, il y a eu beaucoup d’exemples dans la région lilloise, notamment à Templemars et dans la zone autour, où c’est un vrai succès, avec des surfaces beaucoup plus importantes. Votre idée d’arbres fruitiers, c’est pas mal, on pourra y penser ailleurs. Il s’agit ici d’un premier projet, il y en aura ailleurs, pas forcément de ce type-là. » Finalement, le groupe minoritaire s’est prononcé contre ce projet de plantation de 1 500 arbres à Saint-Pol, défendant une autre vision de l’environnement et déplorant qu’en parallèle, d’autres arbres du domaine public aient été « ratiboisés » : ce projet Miyawaki serait-il l’arbre qui cache la forêt ?


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