Masque obligatoire pour tous les Salauds de Saint-Pô


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« Mais non, mais non, Saint-Pô, il est pas mort, car il chante encore ! » Ce classique de la chanson carnavalesque polopolitaine a pris tout son sens en ce Mardi Gras 2021 : « Une année de coupure, ça aurait pu être fatal pour le carnaval. Nous avons échangé avec la municipalité et nous avons eu l’autorisation de barbouiller les vitrines, mais à la condition d’éviter tout rassemblement », expliquent les Salauds de Saint-Pô. Impossible de sacrifier la tradition mais aussi à la tradition, alors il a fallu jongler pour se conformer au protocole sanitaire tout en entretenant l’esprit irrévérencieux de carnaval, dont le principe est justement d’abolir les règles : faire tomber les barrières en maintenant les gestes barrières, se protéger avec un masque et se cacher derrière un autre, se retrouver sans se rassembler. Évidemment, pas question de rendre visite aux aînés à l’Ehpad l’Oasis qui sort tout juste d’un épisode épidémique, ni même de faire chapelle chez les anciens : « Messieurs les carnavaleux, je suis désolée de ne pas pouvoir vous recevoir cette année, trop de risques pour moi », avait affiché sur sa porte une saint-poloise habituée à recevoir les fêtards. Ces derniers ont barbouillé en réponse : « Petite vitrine, grand cœur. À l’année prochaine, prépare ton vin de noix ! » De la même manière, Madeleine, bientôt nonagénaire, n’a pas pu ouvrir son bistrot de Brias pour la traditionnelle étape finale du carnaval. Évidemment, aucun bar n’a pu accueillir les bambocheurs qui ont dû fêter carnaval dehors, sauf à se faire offrir un verre dans l’une ou l’autre boutique du centre. Drôle d’édition pour Alain Prat qui participait à son trentième carnaval saint-polois : « On le surnomme Droopy parce qu’il court de chapelle en chapelle : le temps qu’on en fasse une, il est déjà à sa troisième », raconte son fils, Kévin. Pas de chapelle, mais Droopy était bien présent, il est même l’un des rédacteurs des messages barbouillés mardi sur les vitrines du centre-ville. Au moins, sur ce point, les Salauds sont restés libres, taquinant plus ou moins gentiment leurs camarades commerçants, dans le patois local. Fermée « comme d’hab’ » pour cause de Mardi Gras, la mairie a vu ses vitres peinturlurées avec des petits messages à l’intention du personnel politique local, notamment du nouveau maire et de son prédécesseur. Une fois l’opération barbouillage terminée, les carnavaleux se sont éclipsés. Quelques-uns sont réapparus en fin d’après-midi à Monchy-Breton, où Fabienne de Tartous & Cie proposait une distribution de crêpes. Mais lorsque l’heure fatidique du couvre-feu sonna, tous ont déguerpi, telles des Cendrillons fuyant le bal, en ne laissant derrière eux que des rires et des chansons dans les têtes.



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