Les salariées de l’ADMR perdent de l’argent en travaillant

« On adore notre travail, mais avec le carburant qui ne baisse pas, on va encore perdre de l’argent. Certaines pourraient arrêter car elles ne pourront plus mettre d’essence », s’inquiètent les représentantes de la CGT à l’ADMR de Saint-Pol-sur-Ternoise. Fin juin, elles ont ressorti leur drapeau et imprimé des tracts pour mobiliser leurs collègues face à la hausse du coût de la vie, notamment de l’énergie : « On nous rembourse 0,35€ par kilomètre, ça n’a pas évolué depuis plus de vingt ans. On nous a accordé une augmentation de 0,02€ par kilomètre pour quatre mois, de février à mai. Ça ne représentait pas grand-chose par rapport à la hausse du carburant et là, on est revenus au même montant qu’avant alors que le carburant est toujours au même niveau. On va encore perdre de l’argent en travaillant », déplorent les syndicalistes. Isabelle Leclercq a fait ses calculs : de février à mai, elle a parcouru 1 630 km et le “chèque carburant” mis en place par l’ADMR de Saint-Pol ne lui a apporté que 32,6€ supplémentaires. Mécaniquement, plus les salariées roulent, plus elles perdent d’argent : « Bientôt, on va travailler bénévolement, ironise Sandra Frévaque. On y laisse des plumes. Entre le carburant et tous les produits de la vie courante qui augmentent, on ne va plus pouvoir s’en sortir. Certaines pensent même à démissionner, alors qu’il nous manque déjà dix-huit personnes pour cet été. » Pourtant, ces salariées sont essentielles pour nombre d’habitants du territoire, assurant les repas, les toilettes, les couchers, le ménage… Partout en France, les personnels de l’ADMR protestent et se mobilisent pour améliorer leurs conditions de travail, mais ils sont isolés, chaque territoire étant géré par une association indépendante. De l’aveu des trois syndicalistes, celle de Saint-Pol est loin d’être la pire : « On est plutôt bien loties par rapport à certaines. Je préfère travailler pour l’ADMR de Saint-Pol que d’autres dans le secteur », reconnait Isabelle Leclercq. Néanmoins, ce n’est pas parce que c’est pire ailleurs que les salariées de l’ADMR doivent tout accepter et le discours des représentantes du personnel trouve un écho favorable chez leurs collègues : « Quand est-ce que ça va changer ? », interroge une aide à domicile en prenant le tract d’une des syndicalistes, dont la réponse est toute trouvée : « Quand vous vous battrez avec nous ! »

« Nous sommes assujettis à des financeurs dont les budgets ne sont pas extensibles. On doit gérer avec ce qui nous est donné par le département et la caisse d’allocations familiales. »

Charles Torchy, président de l’ADMR de Saint-Pol-sur-Ternoise

Du côté de la direction, cette nouvelle action syndicale exaspère le président de l’antenne de Saint-Pol, Charles Torchy : « La liberté syndicale existe, mais j’en ai marre de voir ce genre d’action, alors qu’on essaie de faire des choses pour les salariés. En 2018, nous avons fixé trois objectifs : le bien-être des personnes aidées, nous devons être irréprochables vis-à-vis d’elles ; le bien-être des salariés – même si une infime partie en doute ; et la solidité de notre structure pour traverser cette période compliquée et pérenniser les emplois. » Le président s’efforce de trouver la quadrature du cercle, alors que l’essentiel du budget de l’association dépend de financements publics : « Nous sommes assujettis à des financeurs dont les budgets ne sont pas extensibles. On doit gérer avec ce qui nous est donné par le département et la caisse d’allocations familiales. Ma politique a toujours été de faire le maximum en fonction des moyens mis à notre disposition. En 2021, on a versé 220 000€ de salaires et charges supplémentaires sur les quatre derniers mois de l’année, grâce à des financements de l’État, du département, mais aussi de l’association.  » De la même manière, le “chèque carburant” mis en place pour quatre mois est payé par l’ADMR de Saint-Pol : « En accord avec la fédération, nous avons pris la décision de compléter de 0,02€ les 0,13€ correspondant à la part carburant de l’indemnité kilométrique. C’est sur les deniers propres de l’association et toutes les ADMR n’en ont pas fait autant. Je ne sais pas si ça pourra être reconduit, ce n’est pas à moi d’en décider, mais je vais le proposer au conseil d’administration. » Charles Torchy partage néanmoins un constat avec les syndicalistes : la nécessité de recruter. Le président assure tout mettre en œuvre pour attirer de nouveaux salariés : « Depuis 2018, j’évite les CDD et j’ai recours plus facilement à des CDI. Aujourd’hui, on a besoin de recruter dix à quinze personnes. L’objectif n’est pas de prendre des employées pour quelques jours, mais de passer en CDI les personnes compétentes. Ces salariées méritent de la reconnaissance : elles travaillent bien et ce n’est pas un métier facile du tout, j’en ai tout à fait conscience et c’est pour cela qu’on essaie de les récompenser au maximum. Je préférerai que nos représentants du personnel nous aident à recruter plutôt que de noircir le tableau. » Le président de l’ADMR de Saint-Pol se trouve entre le marteau et l’enclume : d’un côté, il est contraint par des financements extérieurs ; de l’autre, il doit faire face aux revendications légitimes des salariées. Si la crise sanitaire a mis en lumière le caractère essentiel de ces personnels, ce ne sont pas des applaudissements et de belles déclarations qui vont remplir leur réservoir de carburant et leur portefeuille.

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