GreenSol : retour à la terre et aux racines de l’agriculture

« Dans un gramme de terre, on trouve plus d’êtres vivants qu’il n’y a d’humains sur la planète. On oublie que le sol est l’outil principal de production des agriculteurs. » Depuis février, Théo Sergheraert n’est rien de moins que le président-directeur de Greensol, une entreprise qu’il a créée avec quatre agriculteurs associés avec l’ambition de revenir aux racines de l’agriculture : l’agronomie et le travail de la terre.

« Quand on voit l’évolution du climat et les sols qui perdent toute leur matière organique, on se rend compte qu’on ne peut pas continuer ainsi. Notre objectif est de travailler avec la nature et non contre elle. »

Théo Sergheraert, président-directeur de Greensol

« Je ne vends rien, je propose du coaching et un accompagnement aux agriculteurs pour faire évoluer les pratiques de façon plus vertueuse et durable. On travaille en groupe, on réfléchit ensemble à des systèmes économiquement rentables. L’objectif est de développer des projets adaptés selon les besoins de chacun. Je n’ai pas de solution toute faite, il s’agit de s’adapter à chaque agriculteur, voire à chaque parcelle », explique l’ingénieur agronome. Pour lancer son entreprise, basée à Ramecourt chez Antoine Dequidt, le jeune Théo a constitué un premier groupe de travail avec cinq agriculteurs du secteur convaincus de la pertinence de la démarche : « On est dans une production intensive depuis les années soixante. Dans les années deux mille, les cultivateurs ont pris conscience qu’il fallait évoluer. Avant le remembrement, les sols avaient 3 à 4 % de matière organique ; aujourd’hui, on est au mieux à 1,2 %. Le système fonctionne toujours mais quand on voit l’évolution du climat et les sols qui perdent toute leur matière organique, on se rend compte qu’on ne peut pas continuer ainsi. Notre objectif est de rendre nos pratiques durables dans le temps, en travaillant avec la nature et non contre elle. »

« Les vers mangent de la biomasse, produisent des excréments qui enrichissent le sol à leur tour.  A partir d’une tonne de vers de terre par hectare, on est sur un sol de qualité. »

Théo Sergheraert, président-directeur de Greensol

Pour travailler avec la nature, Théo a d’abord dû lui-même la redécouvrir et apprendre à l’observer. Lorsque l’ingénieur et ses partenaires se penchent sur une parcelle, ils commencent par analyser son sol et sa richesse : « On sélectionne une surface d’un mètre carré, d’où on retire la végétation et on fait remonter les vers de terre, qui sont un excellent indicateur de la vie d’un sol : la meilleure technique est d’arroser la terre avec de la moutarde Amora fine et forte dans un arrosoir. Ensuite, on compte les vers de terre et on les identifie selon leur famille : il en existe trois types, chacun travaillant une couche de sol différente. Les vers mangent de la biomasse, produisent des excréments qui enrichissent le sol à leur tour.  A partir d’une tonne de vers de terre par hectare, on est sur un sol de qualité. » Les groupes de travail de GreenSol visent avant tout à réfléchir aux meilleures solutions pour préserver la diversité du sol : « Les agriculteurs sont friands de ces travaux car ils réapprennent leur métier, constate Théo. On réfléchit ensemble, on ne s’interdit rien et on s’efforce d’ouvrir au maximum le champ des possibles. On essaie de limiter le labour qui casse la structure des sols. L’idée est d’avoir une terre couverte de végétaux toute l’année, ce qui permet de restituer de la biomasse. Aujourd’hui, les agriculteurs privilégient des plantes simples, qui poussent vite et ne coûtent pas cher, alors qu’ils pourraient utiliser des plantes qui apportent de la biomasse et qui structurent le sol avec des systèmes racinaires complémentaires. Mais il est plus difficile de changer les mentalités que les pratiques. »

« On s’appuie sur des bandes fleuries, les arbres et les haies qui sont des refuges de biodiversité. Nous, on veut des insectes ! »

Théo Sergheraert, président-directeur de Greensol

Ce travail naturel du sol offre plusieurs avantages : stockage du carbone, lutte contre l’érosion, développement de la biodiversité… « Les abeilles et autres pollinisateurs sont nos alliés, insiste Théo. En mettant des ruches près d’un champ de colza, on est sûr d’améliorer le rendement. On s’appuie sur des bandes fleuries, les arbres et les haies qui sont des refuges de biodiversité. Nous, on veut des insectes ! On a même un groupe dans lequel on s’envoie des photos des plus belles bestioles qu’on peut retrouver dans nos champs, on voit le retour des papillons ou des scarabées. Les agriculteurs apprennent à réfléchir autrement, ils redonnent du sens à leur métier : il ne s’agit pas simplement de produire mais d’être acteur de la vie de son territoire. » Si la volonté de GreenSol est de travailler avec la nature, cela n’exclut totalement pas le recours à la chimie : « Avec un sol plus riche, on pourra mettre moins d’engrais, même s’il en faudra toujours un peu. Pour la production bio, c’est plus compliqué : le bio intensif ne traite pas les cultures, mais nécessite de passer régulièrement avec des machines et le métal détériore le sol. »

« Il n’existe pas de solution miracle et on n’a jamais fini d’apprendre, c’est un travail de long terme. »

Théo Sergheraert, président-directeur de Greensol

Actuellement, les travaux de Théo et de ses partenaires portent sur 1 200 hectares d’exploitation, avec déjà quelques réussites : « On mesure tout ce qu’on fait, nos succès comme nos échecs. On a travaillé sur trois exploitations simultanément, mais on n’a eu de bons résultats que dans deux fermes, et pas dans la troisième : elle n’était située qu’à trente kilomètres, mais ça suffisait à avoir un sol et une météo différente. Il n’existe pas de solution miracle et on n’a jamais fini d’apprendre, c’est un travail de long terme. Depuis neuf mois, GreenSol a pris un bon départ et a suscité un bel engouement parmi tous les participants. C’est très convivial, on prend plaisir à se rendre sur les exploitations des uns et des autres. » Théo a d’ailleurs toujours sa bêche dans son coffre et se fait un plaisir de montrer aux néophytes comme aux professionnels toute la richesse sous nos bottes : les plantes et leurs racines, les vers de terre, les insectes… Un monde souvent oublié, mais pas encore perdu.


GreenSol
Site internet : www.greensol.fr
Courriel : theo@greensol.fr
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