La fin prochaine de l’accueil du public au centre des finances de Saint-Pol


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« Le seul point positif est que vous allez récupérer le parking », ironise Jacques Regnier. Le représentant syndical Force Ouvrière est venu avec trois homologues de la CGT, de la CFTC et de Solidaires pour évoquer l’avenir du centre des finances publiques de Saint-Pol. Ils ont organisé un comité d’accueil d’une cinquantaine de personnes pour la venue du directeur départemental des finances publiques : des élus locaux avaient ceint leur écharpe tricolore pour témoigner de leur qualité, et des agents du centre avaient quitté leur poste pour l’occasion. Le directeur a finalement reporté sa visite au lendemain, alors que les syndicalistes seront en manifestation devant préfecture et sous-préfectures. Qu’importe, le groupe s’est réuni dans une des nombreuses salles déjà vides du bâtiment pour dresser un tableau de la situation.

« Il faudra aller sur Internet, appeler un numéro surtaxé ou faire quarante kilomètres »

Depuis des mois, la menace de fermeture plane sur le site de Saint-Pol et les récentes annonces gouvernementales dessinent un avenir sombre pour les services rendus à la population et aux collectivités. Concrètement, la trésorerie, le service des impôts des particulier et celui des entreprises pourraient quitter Saint-Pol d’ici 2022. Le ministre du Budget, Gérald Darmanin, travaille sur une « géographie revisitée » pour les centres des finances publiques, mais les agents ne sont pas dupes : « On nous annonce 30 % de service public en plus, mais si on regarde ce que ça signifie pour le Pas-de-Calais, il restera à terme trois centres, à Boulogne, Béthune et Arras. Des services pourraient continuer à occuper les bâtiments, mais l’accueil du public sera supprimé. » Le département compte pour l’instant onze services d’impôts aux particuliers et les syndicalistes espèrent réussir à en sauver quelques-uns, mais les plus petits risquent d’être sacrifiés : c’est le cas de celui de Saint-Pol. « On reçoit beaucoup de monde ici, notamment aux périodes de déclaration de revenus, souligne un agent du centre de Saint-Pol. Nous nous occupons ici de 185 communes. L’année dernière, nous étions six, et nous avons eu beaucoup de mal à répondre à tout le monde. On reçoit beaucoup de personnes âgées qui ne savent pas utiliser Internet et qui ont besoin d’un accueil physique. » « Pour avoir des informations, il faudra aller sur le site Internet, appeler un numéro surtaxé ou faire quarante kilomètres », résume Wilfried Glavieux du syndicat Solidaires, ce que confirme son camarade de Force Ouvrière : « L’objectif est de diriger la population vers des maisons de service au public, des « baraques à fisc », où des agents pourront donner des informations génériques, voire quasiment rien. L’idée est de tout diriger vers le site Internet. » Les premières expériences n’ont d’ailleurs rien de rassurant, comme l’explique Frédéric Scalbert de la CGT : « A la maison de services au public d’Etaples, une personne a été envoyée à l’accueil après seulement une demi-journée de formation. Au mieux, vous aurez une personne par communauté de communes dans ces maisons de services et elle devra répondre aux questions sur les impôts, mais aussi sur la CAF ou d’autres services publics. Une autre solution serait de proposer des accueils en mairie, mais ça ne pourra se faire que sur rendez-vous, une demi-journée par semaine. Les personnes en détresse seront encore plus isolées. » « Dans un premier temps, l’accueil pourra être assuré par des agents des finances publiques, mais ils seront ensuite remplacés par des CDD ou des services civiques qui seront sans doute pleins de bonne volonté, mais qui ne pourront pas toujours apporter une réponse adaptée. Nous avons des métiers complexes, nous vous en apportons la preuve tous les jours », insiste Yann Plouviez de la CFTC.

« Les mairies pourront choisir leur agent comptable, qui sera juge et parti »

Les communes pourraient aussi faire les frais de cette nouvelle organisation des finances publiques, avec la disparition des trésoreries de proximité et des comptables publics qui assistent les municipalités dans leur gestion : « On veut la mort du comptable public. Le ministère veut passer en force pour faire disparaître la séparation entre l’ordonnateur et le comptable. L’objectif est de créer des agences comptables. Les mairies pourront choisir leur agent comptable qui sera donc juge et parti. Quand une petite commune doit passer un marché public, le comptable l’aide et en prend la responsabilité. Si les collectivités prennent en charge ce poste, elles vont devoir assumer le risque financier et politique », alerte Jacques Regnier. La disparition du comptable public et des trésoreries serait dramatique pour les élus, comme en témoigne Dominique Plancke : « Je suis maire de Monchy-Cayeux, mais j’ai aussi été secrétaire de mairie dans une autre commune. J’ai cette double casquette, et je sais que nous ne pouvons pas nous passer d’un interlocuteur qui peut nous apporter des réponses pour nous éviter de faire des conneries. Si nous n’avions pas ce conseil aujourd’hui, ce serait très difficile de travailler. » Les inquiétudes sont partagées par le maire de Saint-Pol : « Les risques et les charges vont retomber sur les élus. C’est une nouvelle casse du service public et on va devoir se tourner vers le privé », déplore Maurice Louf qui risque de se retrouver avec un nouveau bâtiment abandonné sur son territoire. « Le service du cadastre est déjà parti à Arras, indique Jacques Regnier, mais il reste encore trente-cinq personnes à qui on va demander d’aller travailler ailleurs, dans les centres restants ou dans les collectivités. Il ne sera pas facile de vendre un tel bâtiment, des services d’inspection pourraient s’installer ici, mais il n’y aura plus d’accueil pour le public. Et encore, ce sont des agents nomades qui ne seront présents que quelques heures par semaine. » « Nous ne sommes pas là pour faire une oraison funèbre. Nous pensons qu’il est encore possible de faire bouger les lignes en mobilisant tout le monde à travers le département », persiste Frédéric Scalbert, même s’il reconnaît que pour le centre de Saint-Pol, les dés sont jetés.