Les agriculteurs invitent grandes enseignes et consommateurs à assumer leurs responsabilités

« Le litre de lait entier est vendu 1,03€, alors qu’on nous l’achète à 0,32€. Ils l’ont simplement stérilisé et mis en bouteille, et nous, on perd de l’argent », constatent deux jeunes agriculteurs, bouteille de lait en main. Ils sont ainsi une vingtaine, ce mardi, à inspecter les rayons de l’Intermarché de Saint-Pol, comparant les prix et les origines des produits, soulignant les aberrations d’un système qui continue de les asphyxier, malgré la loi Egalim de 2018 qui devait permettre de mieux rémunérer les producteurs agricoles. « Cette loi dit que les coûts de production des agriculteurs doivent être pris en compte. Les négociations avec les distributeurs sont en cours, mais on ne devrait même pas avoir à négocier », estime Anthony Bézu.

« Les négociations ont démarré sur une baisse des prix, alors que nous demandions une hausse : nos charges ont énormément augmenté. »

Le président du syndicat des Jeunes Agriculteurs Ternois Ouest a organisé une nouvelle action avec ses adhérents pour mettre la pression sur les distributeurs, alors que se terminent les négociations, notamment avec l’enseigne Leclerc, dans le viseur des agriculteurs : « Ce sont les plus durs dans les discussions. Les négociations ont démarré sur une baisse des prix, alors que nous demandions une hausse : nos charges ont énormément augmenté. Les agriculteurs sont toujours la variable d’ajustement », dénoncent les manifestants, réunis autour d’un barbecue devant l’enseigne Leclerc d’Herlin-le-Sec. Là aussi, ils ont relevé les prix et les origines des produits dans les rayons, et rencontré le directeur du magasin : « C’était un peu tendu au début, mais on a finalement pu avoir un bon dialogue, raconte Anthony Bézu. Le magasin est tenu par un indépendant, il propose des produits locaux, c’est une démarche à encourager. Mais le problème reste le même : il achète le lait à 0,39€ chez Ingrédia, alors qu’au niveau national, le coût de production est presqu’à 0,40€. Actuellement, on nous l’achète même à 0,32€. »

« C’est dommage d’avoir une laiterie à moins d’un kilomètre et d’aller chercher du lait en Loire Atlantique»

Après avoir levé le camp d’Herlin-le-Sec, les manifestants sont partis en convoi de l’autre côté de Saint-Pol, pour saluer les autoproclamés « mousquetaires de la distribution ». Là aussi, ils ont été reçu par le directeur qui a joué la carte de la transparence, sortant même les fiches des produits pour que les agriculteurs puissent constater les prix d’achat et de revente. « Nous travaillons en direct avec des producteurs locaux pour la boucherie, la volaille, les fruits et légumes… Avec eux, on ne négocie pas, on achète au prix proposé. Le problème est de trouver des partenaires à proximité et il faut qu’ils puissent disposer de volumes suffisants », explique le directeur du magasin. Les agriculteurs – parmi lesquels plusieurs éleveurs laitiers – s’étonnent pourtant que le lait proposé ne provienne pas de la coopérative locale, Ingredia, dont l’usine est visible depuis le supermarché : « Dans le Ternois, on produit du lait bio, sans OGM ou classique. C’est dommage d’avoir une laiterie à moins d’un kilomètre et d’aller chercher du lait en Loire Atlantique. Et après, on va nous emmerder avec le bilan carbone », déplorent les éleveurs.

« On veut appeler les consommateurs à être vigilants sur l’origine de leurs produits, à acheter du local »

Le directeur du magasin ne peut qu’approuver : « Il faut qu’on prenne contact avec eux pour voir ce qu’on peut faire. On avait essayé de s’approvisionner directement à l’usine pour les produits Herta, mais on est obligé de passer par une centrale d’achat – ça nous revient même moins cher. Il faut réussir à proposer des marques nationales, des marques distributeurs et des produits locaux. » « On compte sur vous pour faire remonter les informations et prendre contact avec Ingredia », conclut Anthony Bézu, en quittant le magasin avec ses camarades. Ils auront au moins réussi à interpeller deux grandes enseignes locales et à échanger avec les directeurs. Mais ils tiennent aussi à passer un autre message, à ceux qui ont peut-être le plus de pouvoir pour peser dans les négociations : « On veut appeler les consommateurs à être vigilants sur l’origine de leurs produits, à acheter du local. S’ils veulent du bio, que ce soit du bio français, pas ramené de l’autre bout du monde. Il faut aussi que les consommateurs s’interrogent sur ce qu’ils veulent manger : on ne peut pas faire de la qualité et des prix bas. »

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