Didier Fauquembergue à la recherche des trésors disparus du musée de Saint-Pol


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«Malgré la disparition de la meilleure partie de ses éléments, le musée de Saint-Pol offre encore à l’étude et à la curiosité des visiteurs un certain nombre d’objets intéressants. Ces collections seraient bien plus complètes si nous n’avions pas à déplorer la perte d’une infinité d’objets précieux recueillis par les soins du docteur Bruno Danvin et de ses collaborateurs », constatait déjà Edmond Edmont en 1907. A la lecture de cet article, l’illustre historien et le fondateur du musée de Saint-Pol vont se retourner dans leur tombe jusqu’à faire sortir la Ternoise de son lit. Depuis sa création en 1837, le musée de Saint-Pol a accueilli des milliers d’œuvres et d’objets destinés à enrichir la culture des habitants. La chapelle des Sœurs-Noires offrent toujours aux yeux des visiteurs quelques trésors artistiques et historiques – bien mal et peu mis en valeur ; le musée Picot, sur le trottoir d’en face, abrite les plus belles pièces ; et des milliers d’autres se sont volatilisées au cours des années et des vicissitudes de l’histoire. Néanmoins, toutes ne sont pas perdues. Depuis son bureau à la mairie de Saint-Pol, Didier Fauquembergue ne désespère pas de retrouver les trésors des collections du musée Picot-Danvin et de rayer de ses registres quelques mentions « œuvre disparue ». Entre deux coups de fil pour la réservation d’une salle communale, une question associative ou scolaire, il assure avec minutie sa mission de récolement des collections de la ville : comprenez qu’il doit vérifier que les pièces mentionnées dans les inventaires sont bien présentes. Ce qui devait être une formalité administrative est devenu un interminable jeu de piste, à la recherche des œuvres disparues du musée de Saint-Pol.

Fragment de momie, flèches empoisonnées et morceaux du tombeau de Napoléon

Pour vérifier un inventaire, il faut qu’il y en ait un. Or, lorsque Didier Fauquembergue entreprit sa mission en 1997, il n’existait que de vagues listes des collections de la ville. Le méticuleux fonctionnaire, formé à la gestion administrative plutôt qu’à l’histoire de l’art, a compilé scrupuleusement toutes les informations qu’il pouvait retrouver, fouillé les archives communales et départementales, les journaux et ouvrages, notamment la Petite notice sur le musée de Saint-Pol d’où tout est parti. Dans ce livre de 1907, l’historien Edmond Edmont dresse « la liste des objets les plus intéressants parmi ceux qui n’ont pas été retrouvés. Les objets suivants ont disparu dans les déménagements successifs, ou de toute autre manière », annonce-t-il avant d’énoncer : « De la collection de numismatique, on a constaté la disparition d’environ 1 700 médailles et monnaies, dont près de 700 médailles romaines, grecques et carthaginoises. » Impressionnant, mais ne sont pas les plus anciens éléments : « Un fragment de momie, plusieurs statuettes égyptiennes ». Les objets les plus lointains ? « Plusieurs flèches empoisonnées, une écharpe et un collier de coquillages d’Amérique du Sud ». Les reliques les plus illustres ! « Plusieurs morceaux d’acajou provenant du tombeau de Napoléon. » Toutes les pièces liées à l’Empereur, en provenance de Sainte-Hélène, avaient d’ailleurs été regroupées dans une vitrine qui a disparu avec le reste, d’après l’ancien maire de Saint-Pol.

Cent œuvres confiées à des familles de Saint-Pol pour les soustraire aux Allemands

Son successeur, Louis Lebel, s’est également intéressé au musée et à son histoire. Reprenant les travaux d’Edmond Edmont, il a publié à son tour, en 1933, une notice simplement intitulée Le musée de Saint-Pol. Il y raconte les déplacements successifs des collections en rappelant « un vieil adage aussi répandu sur les bords de la Ternoise que sur les rives du Yang-Tsé qui dit que « trois déménagements valent un incendie » ». Certaines pièces se sont volatilisées, d’autres ont été vendues aux enchères sur la place publique. Louis Lebel se souvient avoir assisté au déclin du musée après la mort de son fondateur, Bruno Danvin, ce qui a abouti à la vente aux enchères en place publique de certains objets des collections de la ville en 1887. Parmi les pièces mises en vente se trouvait le dernier loup de Saint-Pol, tué dans le bois de la ville, empaillé et exposé au musée : il disparut sous les flèches, devenu cible pour les archers. Attaché à la culture, Louis Lebel se chargea d’assurer la préservation des collections de la ville, en plaçant le musée sous l’autorité du maire – après avoir supprimé les fonctions d’archiviste et de conservateur. Dans son petit livre, Louis Lebel a établi une liste détaillée des œuvres d’art du musée qui a permis à Didier Fauquembergue de constater des centaines de disparitions depuis 1933 : tableaux, lithographies, sculptures, objets historiques, religieux ou exotiques. La guerre est passée par là et a fait des ravages. Un nombre incalculable de pièces se sont volatilisées, sous les bombes, mais aussi sous les manteaux. Les plus belles furent épargnées grâce à Louis Lebel qui, avant l’arrivée des troupes allemandes, avait caché cent œuvres auprès de dix familles de Saint-Pol. A la Libération, Louis Lebel fut destitué de son poste de maire et la reconstitution des collections n’était pas la priorité du moment. Depuis, seules cinq des œuvres confiées par Louis Lebel ont réintégré les collections du musée. Certaines ont sans doute quitté le Ternois, voire le pays.

Plainte contre X dans l’espoir de retrouver tableaux et objets d’art

A force de persévérance, Didier Fauquembergue a réussi à retrouver des photographies ou reproductions de quelques tableaux et autres pièces manquant à l’inventaire. Afin d’appuyer ses démarches, il a déposé, en septembre dernier, une plainte contre X pour vol d’objets classés monument historique, portant sur vingt-quatre tableaux des collections de la ville. Le discret fonctionnaire prépare un deuxième dossier, ou plutôt une deuxième pile de dossiers reprenant tous les objets absents des inventaires qu’il a dressés depuis 2008. Beaucoup d’œuvres ont été détruites ou perdues pour toujours, mais certaines peuvent réapparaître, ici comme ailleurs. Ainsi, Didier Fauquembergue a déjà retrouvé, chez un habitant de Troisvaux, une cloche répertoriée dans les collections du musée : elle annonçait l’arrivée des visiteurs à l’entrée de la demeure. La cloche a depuis été rendue à son propriétaire – la ville de Saint-Pol – et le gardien de la sonnette n’a pas été inquiété. « C’est apparenté à du vol par glissement. Ce n’est pas parce que des tableaux ont « toujours » été dans la famille qu’ils lui appartiennent, même si souvent, les descendants ne connaissent même pas leur provenance », reconnaît Didier Fauquembergue. Après avoir rempli son bureau de dossiers sur les différents tableaux, il s’attaque maintenant aux autres objets d’art absents des collections dans l’espoir d’en retrouver un maximum, reprenant à son compte la formule d’Indiana Jones : « Leur place est dans un musée. »

Quelques œuvres disparues des collections du musée Danvin :

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