Béatrice Camurat Jaud passe à l’action au service de la dignité humaine

« L’aciérie ArcelorMittal évacuée », « 450 migrants évacués », lorsque la presse régionale ou nationale mentionne Grande-Synthe, il s’agit rarement de bonnes nouvelles. Pourtant, dans cette banlieue de Dunkerque confrontée aux crises économiques, environnementales et migratoires, une petite révolution est en cours, impulsée par son maire Damien Carême. Plutôt que de rabâcher les problèmes, Béatrice Camurat Jaud a choisi de filmer les solutions, avec une galerie de portraits de ceux qui s’engagent au quotidien pour transformer une ville qui cumule les difficultés. Pour son premier film, la réalisatrice a passé plusieurs mois immergée dans la population, à la rencontre des habitants, des bénévoles, des migrants, des ouvriers, des élèves, des artistes, s’impliquant elle-même dans la vie locale : « J’ai été bénévole dans le camp de migrants de la Linière pour comprendre ce que vivaient les réfugiés et les bénévoles. J’ai rencontré la compagnie des Mers du Nord et la metteuse en scène Brigitte Mounier, et j’ai découvert que la culture était un élément essentiel dans la recherche de dignité de la population. »

« Il fallait un héros, je ne pouvais pas donner le premier rôle à n’importe qui »

À l’issue de la projection du film au Régency, mercredi, dans une salle comble, Béatrice Camurat Jaud a expliqué sa démarche et répondu aux questions des spectateurs, notamment sur l’omniprésence du maire, Damien Carême : « Ce n’est pas un film de commande, précise-t-elle, et, avant qu’on me pose la question, j’ai voulu rencontrer deux fois l’opposition au conseil municipal mais leurs chaises étaient vides. Comme dans un film, il fallait un héros, je ne pouvais pas donner le premier rôle à n’importe qui. Il fallait quelqu’un qui puisse l’assumer. » Tous les intervenants ont salué le documentaire et son message, dont une jeune femme qui tenait à témoigner de son expérience : « J’ai vécu dans un village à côté de Grande-Synthe. Je suis allée au lycée là-bas. On y croisait des personnes de cultures, d’horizons très différents. Je ne m’en rendais pas compte à l’époque, mais je réalise à quel point c’était une richesse qui me sert encore aujourd’hui. » L’échange a duré plus d’une heure et la réalisatrice a continué la discussion avec quelques spectateurs, notamment deux jeunes Afghans actuellement hébergés à Nédonchel, passés par Grande-Synthe et qui ont reconnu certains de leurs compatriotes dans le documentaire. Puis Béatrice Camurat Jaud est repartie défendre son film à travers la France avec l’espoir d’avoir donné envie ne serait-ce qu’à un spectateur de passer du discours à l’action.

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