La brigade : plats de résistance

« L’immigration a aussi de bons côtés, ce n’est pas seulement que ce que vous voyez à la télé ! » Le réalisateur Louis-Julien Petit a donc choisi le grand écran pour montrer une réalité méconnue : celle des “MNA”, les mineurs non accompagnés étrangers réfugiés en France. « Les films sont importants pour faire évoluer les points de vue. J’utilise la comédie comme une arme pour rendre certains sujets plus populaires, plus accessibles. On flirte toujours avec le réel, c’est un équilibre difficile à tenir, qui ne peut tolérer l’absurde ou le burlesque », insiste le réalisateur, venu présenter La brigade, en avant-première au Régency, accompagné de quatre de ses acteurs. À la tête de cette délégation, la comédienne Audrey Lamy tient le rôle principal et incarne Cathy Marie, une cuisinière dans un grand restaurant débarquée dans un foyer d’accueil : « J’ai voulu que le spectateur découvre le foyer et ces jeunes au même rythme que Cathy Marie. » D’abord méfiante, elle va progressivement connaître « ces jeunes très motivés pour apprendre » et les mettre aux fourneaux pour constituer la brigade de la cantine. Louis-Julien Petit réussit à reconstituer la vie d’un centre d’accueil, comme le confirme une spectatrice du Régency : « Nous avons un foyer de migrants près d’ici, à Nédonchel. J’y vais souvent et j’ai vraiment retrouvé cette ambiance dans votre film. On a une impression de réalité, ce n’est pas du flan. Les jeunes sont très motivés : ils ne viennent pas en France pour prendre notre argent, on ne quitte pas son pays de gaieté de cœur. » « Si vous avez été plongée dans l’histoire et que ça vous a semblé vrai, c’est que c’est réussi ! », sourit avec satisfaction le réalisateur.

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« Je n’ai pas raconté leurs histoires personnelles : ils ont des parcours dingues, certaines vérités resteront dans nos têtes, je ne voulais pas trahir leur confiance. »

Louis-Julien Petit, réalisateur de La brigade

Le film reste une fiction mais s’appuie sur des histoires vraies, notamment pour les occupants du foyer incarnés par des réfugiés tout juste majeurs : « On a filmé trois cents jeunes qui ont raconté leur histoire. Je ne cherchais pas la misère mais des personnalités. On en a gardé une cinquantaine, ils ont suivi des ateliers théâtre et sont venus sur le tournage sans connaître le scénario : je voulais garder leur spontanéité. Mais je n’ai pas raconté leurs histoires personnelles : ils ont des parcours dingues, certaines vérités resteront dans nos têtes, je ne voulais pas trahir leur confiance. » Bien qu’ayant opté pour la comédie, Louis-Julien Petit n’élude pas la réalité et les épreuves auxquelles sont confrontés ces jeunes déracinés : la menace de l’expulsion à leur majorité, le traitement déshumanisant de l’administration, les parcours chaotiques pour rejoindre l’Europe. L’ensemble reste néanmoins joyeux et optimiste, à l’image de la brigade du foyer et de l’équipe du film : devant le public du Régency, les cinq invités plaisantent, se taquinent avec une belle complicité, racontent des anecdotes de tournage. « Au début, ce n’était pas facile, mais on avait une bonne équipe : on dansait avec les techniciens quand Julien n’était pas là. Pendant le tournage, Audrey nous motivait de ouf ! », rigole Amadou Bah, l’une des figures du foyer. Malgré cette expérience, il ne se destine pas à une carrière d’acteur : « Je suis en France depuis cinq ans et je suis devenu développeur web. Je veux retourner dans mon pays pour changer l’avenir des jeunes. Le message du film me tient beaucoup à cœur, surtout le personnage de Cathy : elle a renoncé à son rêve pour réaliser le nôtre. » « Cathy a ses rêves, comme eux, approuve Audrey Lamy. Elle voulait qu’on lui donne sa chance, mais ça n’arrivait pas. Elle a ses failles, son passé, et c’est un peu elle qu’elle voit au travers de ces jeunes. » Si l’arrivée de Cathy Marie comme cantinière dans un foyer après les cuisines d’un grand restaurant peut sembler invraisemblable, le scénario réserve quelques surprises qui permettent à l’histoire de rester crédible et de toucher le public aussi bien par le rire que l’émotion. Louis-Julien Petit réussit ainsi à traiter un sujet tragique avec humour et à donner des visages, des sourires, des histoires à ces jeunes réfugiés trop souvent réduits à des chiffres par l’administration, les médias et politiciens.

La brigade, à découvrir en salle le 23 mars 2022.

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