Une série sur un scandale phytosanitaire tournée à Bailleul-aux-Cornailles pour Arte

Un agriculteur du Pas-de-Calais accuse une multinationale de l’agrochimie de l’avoir empoisonné. Son ami d’enfance, devenu député, s’empare du dossier et se retrouve confronté à la puissance des lobbys et des manœuvres politiques. La série d’Arte, Jeux d’influence, aborde des sujets sensibles et Bertrand Lecherf a hésité avant d’accepter d’accueillir l’équipe de tournage dans sa ferme de Bailleul-aux-Cornailles : « Je me suis posé des questions sur l’image de l’agriculture que cette série pouvait donner. En lisant le scénario, j’ai vu que ce n’était pas contre les agriculteurs mais plutôt contre les lobbys. » Après mûre réflexion, Bertrand et Valérie Lecherf ont ouvert leur exploitation à l’équipe de Jeux d’influence.

« C’est un petit peu caricatural, même si nous sommes les premiers touchés »

Durant une semaine, leur ferme tricentenaire a été transformée en studio de cinéma. Alors que le tournage touchait à sa fin, le salon était toujours occupé par les costumes et les acteurs qui révisaient leur texte. Le bureau de Bertrand Lecherf était devenu le quartier général des cinéastes. La cuisine avait fait un saut dans le temps : « Notre cuisine est plutôt moderne, mais ils voulaient quelque chose de plus ancien, avec des meubles en formica, remarque Valérie Lecherf. Ils vont tout remettre en état. Ils ont même retapissé notre chambre, mais je vais leur demander de la laisser comme ça. » Bien qu’inspiré de faits réels – notamment de l’histoire de Paul François, le scénario de Jeux d’influence reste une fiction : « C’est un film très sombre, ça représente plutôt l’agriculture qu’on pouvait connaître il y a dix ou quinze ans », estime Bertrand Lecherf, qui a joué la doublure de l’agriculteur pour un épandage et prodigué quelques conseils. « L’agriculteur manipule des produits sans masque ni gant. On ne fait plus cela aujourd’hui, on fait très attention. C’est un petit peu caricatural, même si on ne peut pas nier que nous sommes les premiers touchés par les maladies. » Bertrand Lecherf participe d’ailleurs au groupe d’étude et de développement agricole du Ternois qui cherche à limiter l’utilisation de produits phytosanitaires, même si pour l’instant, l’agriculteur en conserve toujours un stock dans un local sécurisé.

« On ne vivra plus jamais ça, sauf peut-être s’ils font une deuxième saison »

Le tournage s’est étendu au-delà de la ferme du Barlet. Dans un chemin, entre un champ et une pâture d’Averdoingt, les techniciens s’efforçaient d’ajuster une rampe de soixante mètres, tandis que la logistique s’accordait un moment de repos sous le soleil, en attendant l’autorisation d’un propriétaire pour tourner la scène d’une voiture perdue dans un bosquet. « Je ne coupe pas les barbelés sans autorisation, annonçait un technicien. On doit respecter le travail des gens. » Finalement, le propriétaire sera trouvé et la troupe pourra filmer l’une de ses dernières prises sur les terres du Ternois, avant de rejoindre Ostende pour la seizième et ultime semaine de tournage. Bientôt, toute trace de cette intrusion à la ferme du Barlet aura disparu, sauf la tapisserie de la chambre à coucher du couple Lecherf : « C’était une belle parenthèse. On ne vivra plus jamais ça, sauf peut-être s’ils font une deuxième saison. »

Jeux d’influence, de Jean-Xavier De Lestrade. Diffusion prévue sur Arte en 2019.

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