Sauvés par des écoliers, les mémoires d’un poilu du Ternois mis en scène


Publicités


Mars 1915, Camille Moyniez est appelé sous les drapeaux. Fils d’un petit cultivateur, il quitte son village d’Héricourt pour partir dans une guerre dont il reviendra mutilé, médaillé et surtout vivant, en septembre 1919. Sa guerre, il l’a racontée dans le détail par écrit et a confié ses souvenirs bien des années plus tard à Tony Nison. Habitant de Croisette, ce militaire à la retraite promet au poilu qu’il transmettra sa mémoire et se lance dans un travail de copie et d’illustration. Camille Moyniez avait déjà rejoint ses anciens camarades de tranchées lorsque ses mémoires sont arrivés dans les mains d’Emilie Crépy. Institutrice à Ramecourt, elle s’est plongée avec ses élèves dans les archives du poilu durant une année, et la classe a réalisé un ouvrage illustré racontant à son tour la guerre de Camille Moyniez. Un travail salué au niveau national par le secrétariat d’État aux anciens combattants. Grâce aux élèves d’Emilie Crépy, Tony Nison a tenu sa promesse : la mémoire de Camille Moyniez lui a survécu. Et ensuite ?

« Il a été blessé à plusieurs reprises, a failli perdre un œil, mais il est toujours reparti au front »

Quand il n’arbore pas son écharpe de maire d’Herlincourt, Philippe Armand est metteur en scène. Lorsqu’il découvrit le fascicule « d’une beauté extrême » réalisé par les enfants de Ramecourt, il ne put se résoudre à le laisser prendre la poussière dans les archives du secrétariat d’État aux anciens combattants. « J’ai pensé qu’il y avait là matière à monter un spectacle. J’ai rencontré l’institutrice pour évoquer le projet et j’ai proposé à la communauté de communes de produire le spectacle. » Philippe Armand s’est alors immergé à son tour dans les mémoires de guerre de Camille Moyniez : « Il ne raconte quasiment que des scènes de combat. Il est toujours dans l’action, c’est dingue. Il a été blessé à plusieurs reprises, il a pris des balles, des éclats d’obus, a failli perdre un œil, mais il est toujours reparti au front. Le récit est parfois lourd à supporter. » Le metteur en scène réalise d’ailleurs ici son dernier spectacle sur la Grande Guerre : « Après une longue session de travail dans les archives, j’avais l’impression de dégouliner de sang. Moralement, c’est pesant. » La description des combats de Camille Moyniez est détaillée, précise et sans filtre, comme lorsqu’il raconte comment il a remplacé un camarade pour une patrouille, déclenché une attaque en abattant un soldat allemand et retrouvé son malheureux camarade en charpie. « J’ai sélectionné des textes et je les ai adaptés pour une lecture-spectacle, en essayant de garder au maximum les mots de Camille Moyniez », rapporte le metteur en scène, qui précise que, même si le spectacle est basé sur le travail des jeunes élèves d’Emilie Crépy, ce n’est pas pour autant un spectacle pour enfant.

Pour ne pas s’en tenir à une description de boucherie, Philippe Armand a choisi d’évoquer la vie à l’arrière à travers le regard d’une femme : « Elle permet d’alléger un peu le propos, même si sa réalité peut aussi être très dure. Elle raconte les travaux des champs ou dans les usines de fabrication d’armes, avec les « munitionnettes ». Ses textes sont plus en retrait, dans la réflexion, au contraire du militaire qui est toujours dans l’action. » Philippe Armand a confié ses textes à Benoît Dendievel et Camille Elleboudt, deux comédiens de la métropole lilloise avec qui il a déjà travaillé. Ils seront accompagnés par le quatuor de clarinettistes Clarenternois qui posera l’ambiance musicale. La mise en scène intègre également le travail des enfants de l’école de Ramecourt, puisque des extraits de leur ouvrage seront projetés pour illustrer le récit du poilu.

« Nous avons monté un véritable spectacle à partir d’une initiative locale »

« Le spectacle est produit par la communauté de communes. C’est un projet modeste, mais pour la première fois, nous sommes dans une démarche de création, non plus simplement de diffusion. » En tant que maire, Philippe Armand ne pouvait facturer son travail, engagé depuis plus d’un an : « Je fais ça bénévolement car c’est aussi un acte militant. Je voulais montrer que la communauté de communes peut sortir des projets intéressants en faisant travailler ensemble différents acteurs du territoire. Le Ternois dispose de talents et de compétences qu’il faut mobiliser et valoriser. Nous avons monté un véritable spectacle à partir d’une initiative locale. » Pour la grande première à Ramecourt, la petite-fille de Camille Moyniez viendra de Lyon pour redécouvrir l’histoire de son aïeul et saluer Tony Nison, le messager, qui aura permis à l’histoire d’un poilu d’Héricourt de ne pas tomber dans l’oubli.

« Le chemin de vie d’un poilu du Ternois »

Entrée gratuite. Réservations auprès de Ternois Com.

Le dimanche 28 janvier 2018 à 16h à la salle des fêtes de Ramecourt.
Le 14 avril à Ligny-sur-Canche.

Le 10 novembre à Tangry.

Revenir en haut de page