Sara Farid raconte ses combats en tant que femme et journaliste au Pakistan


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« Je suis journaliste depuis 2003, tout comme mon mari qui est très critique à l’égard du régime militaire au Pakistan : après plusieurs menaces, il a été enlevé. Il a réussi à s’échapper et nous avons trouvé refuge en France. » Dans un anglais parfait, Sara Farid décrit son histoire à une trentaine d’élèves de 1re S, ainsi qu’à quelques élèves aspirant à exercer le merveilleux métier de journaliste. Dans le cadre de la semaine de la presse, cette Pakistanaise, exilée en France et réfugiée à la Maison des journalistes de Paris, est venue au lycée Châtelet échanger sur son métier, son pays, mais aussi sur la condition des femmes et des minorités au Pakistan.

« Quand on dit la vérité sur ce qui se passe au Pakistan, on est considéré comme un traître »

Après une présentation sommaire du Pakistan, Sara Farid met les pieds dans le plat, avec des propos qu’elle aurait difficilement pu tenir en public dans son pays : « Vu de l’extérieur, le Pakistan est une démocratie, mais dans les faits, ce sont les militaires qui contrôlent tout, y compris la liberté d’expression. Les journalistes ne sont pas libres de parler des problèmes liés au régime, à l’armée ou au terrorisme, et de la corruption ou des droits de l’Homme. Je suis devenue journaliste pour rapporter ce qui se passe dans mon pays et le rendre meilleur. Quand on dit la vérité sur ce qui se passe au Pakistan, on est considéré comme un traître. On est accusé d’être contre l’État et de donner une mauvaise image du pays. »

Un journalisme engagé dans la défense des femmes et des minorités

Outre la difficulté à exercer son métier, Sara Farid a également dû se battre en tant que femme dans un pays extrêmement conservateur : « Beaucoup de filles ne vont pas à l’école au-delà de treize ans. Elles doivent alors se marier, parfois avec des hommes beaucoup plus vieux ou plus jeunes : ce sont des mariages arrangés pour conserver le patrimoine dans la famille. Dans les campagnes, il est impossible d’évoquer ces sujets, les agressions, les viols. En ville, c’est différent, des associations existent, la parole est plus libre, mais dans le fond, la situation est la même. Néanmoins, les choses évoluent doucement : l’année dernière, pour la première fois, les femmes sont sorties dans les rues des grandes villes du pays, ce qui a entraîné beaucoup de critiques, parfois violentes, des conservateurs. » Engagée dans la défense des minorités, Sara Farid a travaillé sur l’émancipation des femmes au Pakistan, mais aussi sur la condition des personnes transgenres ou encore le travail des enfants dans les mines. Des sujets illustrés par quelques-unes de ses photographies, dont elle a raconté l’histoire : « Il ne s’agit pas de parler de moi mais de ces personnes, de porter leur voix. Au Pakistan, je ne pouvais pas évoquer les droits des homosexuels : j’aurais eu de gros problèmes, car c’est en contradiction avec l’islam. En revanche, les personnes transgenres n’ont pas à se cacher, elles peuvent même faire reconnaître leur situation sur leur carte d’identité, ce qui n’est pas le cas en France. Je croisais souvent des personnes transgenres en allant faire mes courses. J’ai eu la curiosité d’aller à leur rencontre et j’ai commencé à les photographier. »

« On vit sur la même planète mais à des époques totalement différentes »

L’exil en France a interrompu le travail engagé par la journaliste, qui a pourtant souhaité poursuivre son sujet en l’abordant autrement : « Je n’avais pas prévu de venir en France et j’avais encore beaucoup de choses en tête. J’ai réfléchi à la façon de continuer mon travail. La France respecte les droits de l’Homme, mais la communauté LGBT doit encore se mobiliser pour faire avancer ses revendications. J’essaie encore de comprendre ce mouvement et ses enjeux, notamment pour l’intégration des personnes transgenres. Est-ce que vous, par exemple, vous pouvez évoquer ce sujet avec vos parents ou vos grands-parents ? Combien d’entre vous ont déjà rencontré des personnes transgenres ? » Trois lycéens lèvent timidement la main et Pauline répond : « Avec nos parents, on peut en parler, mais pas avec nos grands-parents. » Après sa présentation, la journaliste a répondu aux nombreuses questions des lycéens, illustrant son histoire par de multiples exemples tirés de ses expériences au Pakistan, mais aussi en France : « Quand je suis arrivée ici, j’ai fait un reportage sur le mariage de deux femmes. J’ai simplement dit à ma mère que j’avais assisté à un mariage, sans préciser qu’il s’agissait d’un mariage entre deux homosexuelles. J’ai même dû créer un compte Instagram à part pour poster ces photos. Quand un Européen va au Pakistan, c’est comme s’il voyageait dans le temps. Parfois, c’est un retour à l’âge de pierre. C’est bizarre de se dire qu’on vit sur la même planète mais à des époques totalement différentes. »

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