Harcèlement scolaire : une mère de famille dénonce le déni de la direction du collège Salengro

« Au début, Mathis* nous disait qu’il n’avait pas d’ennui au collège mais il a fini par reconnaître qu’il ne se sentait pas bien : “Je suis nul, je suis moche, je n’ai pas d’amis, je ne sers à rien…” Quand on en a discuté, il m’a dit qu’il ne voulait plus aller au collège, que sinon il se suiciderait. Il était tout blanc, il ne voulait clairement pas y retourner, alors qu’il est bon élève », raconte cette mère de famille, encore sous le choc des mots de son fils scolarisé jusqu’à récemment en 3e au collège Roger-Salengro de Saint-Pol. Sans que ses parents ne s’en rendent compte, Mathis était harcelé dans son établissement depuis plusieurs semaines et le suicide de la petite Chanel à Frévent a été l’occasion pour le collégien d’envoyer un signal : « Il a demandé à une de ses professeurs s’il pouvait porter un t-shirt en soutien à Chanel, contre le harcèlement. C’est elle qui m’a alertée, je ne la remercierai jamais assez. » La mère du collégien a alors interrogé son fils qui a fini par lui expliquer ce qu’il subissait : « Des gamins se moquaient de lui systématiquement à cause de ses chaussures, ils marchaient dessus et les ont même détériorées, ils lui faisaient des croche-pieds… » « Ils disaient que j’avais une voix de “pédé”», confesse Mathis. Le collégien est plutôt du genre timide, « lunaire » même d’après sa mère, et subissait les brimades, s’échappant lorsqu’il le pouvait : « La professeure m’a dit qu’il était toujours seul, qu’il passait ses récréations au CDI, pour ne pas être embêté. » Les parents ont décidé de retirer leur fils du collège et de solliciter la direction pour évoquer la situation, mais ils n’ont pas reçu l’accueil escompté : « La principale a dit à Mathis qu’il fallait revenir, ne pas louper trop de cours, affronter le danger ! Quand j’ai dit qu’il pourrait changer d’établissement, Madame Champion m’a dit qu’elle ne le retenait pas. La principale a demandé une lettre d’excuse aux harceleurs, j’ai dit que ça ne me suffisait pas, elle m’a répondu : “Je ne vais quand même pas les pendre !” J’étais outrée : c’est à l’élève harcelé de changer de collège ! »

« J’ai la chance d’avoir été alertée et que mon fils ait parlé, mais certains ne disent rien. Combien d’élèves harcelés faudra-t-il pour que la direction réagisse ? »

Face à ce déni de la principale, la mère de famille a décidé d’aller plus loin : « Elle m’a prise de haut, s’est moquée de moi, c’est choquant de la part d’une cheffe d’établissement. Au départ, je ne voulais pas porter plainte, mais je me suis finalement rendue à la gendarmerie et les gendarmes nous ont pris au sérieux. Ils ont parlé avec Mathis et ont constaté qu’il savait bien ce qu’est le harcèlement, notamment l’aspect répétitif. » Néanmoins, la mère de Mathis n’en veut pas à l’équipe pédagogique de l’établissement : « Il y a d’excellents professeurs, plusieurs ont pris des nouvelles de mon fils depuis qu’il ne va plus au collège. Ils ne peuvent évidemment pas voir tout ce qu’il se passe. » Mathis se dit « soulagé » de ne plus être confronté au quotidien à ses harceleurs et, après une semaine de rupture, il a repris les cours dans un autre établissement : « Il a été très bien accueilli, aussi bien par les professeurs que par les élèves. Il se sent vraiment mieux de ne plus être à Salengro », rapporte sa mère, elle aussi rassurée, mais elle souhaite faire prendre conscience de la réalité du harcèlement de certains élèves dans l’établissement : « J’espère que ça fera réagir la direction du collège et les parents : mon fils est loin d’être le seul dans cette situation. Beaucoup de parents se plaignent mais rien n’est fait. Je parle aussi pour les autres. J’ai la chance d’avoir été alertée et que mon fils ait parlé, mais certains ne disent rien. Combien d’élèves harcelés faudra-t-il pour que la direction réagisse ? »

*Mathis : le prénom a été modifié pour préserver l’anonymat de l’élève.


« On est dans une situation qui est du commérage. »

Nous avons évidemment pris contact avec la principale du collège Roger-Salengro, Jacqueline Champion. Voici sa réponse, sans filtre :
« Je vous le dis une fois pour toute et tant que je serai là : je ne réponds plus au Gobelin. Vous n’avez pas de carte de presse, vous n’êtes pas un journaliste authentique. j’ai été extrêmement contrariée l’an dernier par un article qui ne correspond pas à ma vision. On est dans une situation qui est du commérage. Vous n’êtes pas journaliste, je ne vous répond pas. Au revoir, monsieur. »
La principale ayant alors raccroché son téléphone, il n’a pas été possible de l’interroger plus précisément sur la situation.


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