Profession du père : le vilain Petit-Clamart


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Tourné à l’été 2019, Profession du père n’est sorti qu’en juillet dernier et prend un nouveau sens au regard de l’actualité de ces derniers mois. Dans un quasi huis-clos familial, Jean-Pierre Améris raconte la relation tourmentée du jeune Émile (Jules Lefebvre) avec son héros de père, André Choulans (Benoît Poelvoorde), tandis que sa mère, Denise (Audrey Dana), s’efforce de maintenir la cohésion familiale. Pour Émile, comme pour beaucoup de petits garçons, son père est un modèle et il est prêt à tout pour trouver grâce à ses yeux. Sauf qu’André Choulans est enfermé dans des délires paranoïaques et mythomanes, se disant parachutiste, entre autres exploits. L’histoire se déroule en 1961 et le contexte de la guerre d’Algérie offre un exutoire évident au père qui se met en tête d’assassiner De Gaulle, entraînant dans sa folie le petit Émile.

Cette histoire rocambolesque est une adaptation du roman de Sorj Chalandon, revisité par le réalisateur Jean-Pierre Améris : « Je me suis glissé dans cette histoire et j’y ai intégré la mienne. Le père de Chalandon était un grand mythomane. Ce n’était pas le cas du mien, mais c’était un tyran domestique », racontait le réalisateur lors de la présentation en avant-première de son film au Régency. Il a donc mélangé ses souvenirs personnels à l’histoire de Sorj Chalandon pour concocter cette tragicomédie. Si le début du film est assez léger, il prend une toute autre tournure lorsque la violence surgit dans l’appartement familial, portée par un Benoît Poelvoorde frénétique. Le casting est particulièrement épuré, ce qui renforce le sentiment d’enfermement physique et psychologique. Jules Lefebvre incarne brillamment l’innocente crédulité face à son père mais prend aussi le masque du manipulateur quand il embarque avec lui son seul copain, un pied-noir fraîchement débarqué d’Algérie. Les protagonistes s’entraînent mutuellement dans des spirales de mensonges, y compris la mère de famille qui se voilera la face jusqu’au bout.

La réalisation est maîtrisée, les décors reproduisent fidèlement l’ambiance des années soixante et les acteurs sont impeccables. Jean-Pierre Améris a choisi de garder un peu de légèreté, en racontant l’histoire du point de vue de l’enfant, ce qui atténue la violence du propos et peut donner l’impression de survoler le sujet. Néanmoins, Profession du père montre bien les ressorts des délires paranoïaques qui animaient le père de Sorj Chalandon et font aujourd’hui écho aux complotistes de tous acabits.

Prochaines séances au Régency.


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