Guerre ouverte entre la CGT et la direction de l’Ehpad de Nédonchel


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Maurice* déambule dans le hall de l’Ehpad de Nédonchel, casquette rouge sur la tête, siglée de trois lettres : CGT. Un accessoire du quotidien plus qu’un signe revendicatif : Maurice est à la retraite depuis bien longtemps et coule des jours paisibles dans la maison de retraite. Il ne réalise pas qu’à quelques mètres de lui, la lutte est lancée en ce vendredi matin, les drapeaux sont sortis et les revendications pleuvent. Tandis qu’une trentaine de cégétistes occupent l’entrée du parking de l’Ehpad, quelques agents les observent avec mépris depuis l’entrée de l’établissement. Parmi les soixante-dix agents de l’Ehpad, deux camps se sont constitués avec ceux qui soutiennent la directrice et ceux qui veulent sa tête.

« On a monté les agents contre la directrice pour assouvir une vengeance personnelle. »

Frédéric Diaz, maire de Nédonchel et président du conseil d’administration de l’Ehpad

Les grévistes dénoncent la « division du personnel » – qu’on ne peut que constater, des « pressions psychologiques entraînant des burn-outs », mais aussi « harcèlement moral, insultes, intimidations, conditions de travail déplorables », comme le rapportent nos confrères de 62190.fr. « Elle se prend pour Louis XIV : « la loi, c’est moi ! » Et ça fait dix ans que ça dure », accuse une salariée. Or, Annick Bouffel est justement en poste depuis dix ans, recrutée par l’ancien maire de Nédonchel : « Elle avait un profil intéressant mais je n’avais pas vu qu’elle n’avait pas la qualité humaine nécessaire. J’ai interpellé l’Agence régionale de santé il y a trois ans pour signaler des disfonctionnements dans la gestion humaine et budgétaire de l’établissement. Je devais aussi en informer le conseil d’administration, c’est alors que mes relations avec la directrice se sont dégradées. » Jean-Pierre Blanquaert était présent au côté des grévistes, tandis que son successeur à la mairie et à la présidence du conseil d’administration a pris fait et cause pour la direction : « Cette grève, c’est plus politique qu’autre chose. On a monté les agents contre la directrice pour assouvir une vengeance personnelle. » « Une bonne partie des agents me soutiennent. Seules cinq personnes se sont déclarées grévistes », annonce Annick Bouffel, tandis que dehors, ils revendiquent être une vingtaine de manifestants issus de l’établissement.

« Nos revendications, c’est qu’elle s’en aille. »

Grévistes cégétistes de l’Ehpad de Nédonchel

La directrice assure être ouverte au dialogue, elle a d’ailleurs organisé une réunion lundi avec les représentants du personnel où elle s’est appliquée à démonter point par point les accusations de la CGT : « Nous sommes dans l’optique de travailler tous ensemble. Il est de mon devoir d’offrir de meilleures conditions de travail aux agents et d’assurer la bonne prise en charge des résidents. Nous devons mettre en place une nouvelle organisation, rien n’est acté, nous devons y réfléchir avec les salariés. J’ai demandé à la CGT quelles étaient ses propositions, je n’ai eu aucune réponse. » Les deux parties regrettent la « division du personnel » mais s’en renvoient la responsabilité. Toutes deux dénoncent des « pressions psychologiques » : certaines viendraient de la directrice, d’autres des grévistes. Pire, les deux camps affirment avoir vu des agents en pleurs et avoir dû les réconforter, mais ils ne s’accordent pas sur les causes. « Je n’ai jamais vu un tel manque de respect envers la hiérarchie », s’étonne la nouvelle cadre de santé, la quatrième en quatre ans. La précédente est aujourd’hui à la retraite, mais est revenue pour soutenir ses anciens collègues sur le piquet de grève : « J’ai passé un an et demi ici et je pourrais écrire un livre. » Une autre cadre est présente, toujours salariée de l’Ehpad, mais en arrêt maladie pour un burn-out qu’elle impute à la « brutalité » du management. Pour les grévistes, le dialogue social est impossible : « Nos revendications, c’est qu’elle s’en aille. » De son côté, la directrice a proposé de faire appel à un médiateur pour débloquer la situation. Elle sait que sa tête est sur le billot mais elle entend garder son poste et poursuivre son travail avec détermination, en se raccrochant aux mantras affichés dans son bureau : « Ignore ceux qui parlent dans ton dos car c’est là qu’est leur place : derrière toi, pendant que tu continues d’avancer » ou encore « Je n’ai pas besoin de contrôler ma colère, j’ai besoin que les gens arrêtent de m’énerver. »

*Le prénom a été modifié


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