Ligne Arras-Etaples : tout le monde en voiture !


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« Depuis la rentrée, c’est le bazar. La majorité des élèves prenaient le train, mais ils sont de moins en moins nombreux. » Corinne Bernard est assistante de direction à la Maison familiale de Rollancourt et ne décolère pas contre la suppression des trains reliant Saint-Pol et Etaples. « Ça commence à aller mieux mais c’est parce que les familles se sont organisées autrement. Beaucoup d’élèves viennent en voiture ou font du covoiturage. Auparavant, nous allions chercher les jeunes à la gare d’Auchy-les-Hesdin, maintenant nous devons aller à Saint-Pol. » Soit dix-huit kilomètres à parcourir, contre moins de trois auparavant. Les liaisons ferroviaires de la SNCF ont été remplacées partiellement par des bus de la région, mais le service est trop aléatoire, d’autant que les correspondances entre les bus et les trains ne sont pas garanties : « Une fois sur deux, les élèves nous appellent parce qu’ils sont bloqués à cause d’un bus parti trop tôt ou trop tard. Beaucoup sont mineurs et nous ne pouvons pas les laisser dans la nature sans savoir s’ils pourront rentrer chez eux. Les jeunes ne prennent plus le train car ils ne sont pas certains de pouvoir arriver ou repartir. De plus, les chauffeurs exigent le paiement d’un euro à chaque trajet, même aux élèves qui disposent d’un abonnement financé par la région. Lundi, nous sommes allés à la gare pour un seul élève, alors qu’avant on remplissait un bus. »

« Nous devons aller à Saint-Pol à chaque fois, ça coûte de l’argent et du temps »

A l’abbaye Sainte-Berthe de Blangy-sur-Ternoise, le recours à la voiture s’est également imposé : « Nous n’avions déjà plus d’arrêt à Blangy, mais nous pouvions aller à Auchy-les-Hesdin ou Anvin pour aller chercher les membres de notre communauté, les personnes qui viennent ici pour des retraites ou pour participer à nos activités. Maintenant, nous devons aller jusqu’à Saint-Pol ou à Hesdin pour les personnes qui viennent de la côte. Ça nous oblige à faire beaucoup de trajets, ce qui coûte de l’argent et beaucoup de temps. D’année en année, on a vu le nombre de trains se réduire et il n’y en avait plus à Blangy depuis cet été. Certains de nos membres n’ont pas de voiture ou préfèrent venir en train. Nous accueillons aussi des personnes isolées qui n’ont pas de moyen de transport. Pour les fêtes de Noël, beaucoup de personnes vont venir à l’abbaye en retraite et nous allons devoir aller les chercher à Saint-Pol à chaque fois », raconte Mireille Rayssac. Aujourd’hui retraitée et permanente au centre spirituel, elle travaillait auparavant à Paris et venait à Blangy les week-ends : « Quand tout allait bien, je pouvais prendre le train à dix-neuf heures à Blangy et arriver à Paris trois heures après, c’était génial. Maintenant, si je dois aller à Lille ou à Paris, je laisse ma voiture quelques jours sur le parking de la gare de Saint-Pol. »

C’est également l’organisation adoptée depuis la rentrée par Gualbert Biokou, un habitant de Rollancourt. Professeur de lycée, il utilise toujours le train jusqu’à Arras mais doit prendre la voiture jusqu’à Saint-Pol : « Si je voulais prendre le bus, je devrais me lever à cinq heures du matin : le seul bus desservant Auchy passe à six heures. J’ai un abonnement TER mais qui n’est pas valable dans les bus. Il faut payer un euro à chaque fois ou prendre un abonnement supplémentaire de dix euros. A certaines heures, il n’y a que des bus pour aller à Arras. » Gualbert Biokou déplore que les horaires des trains et des bus ne soient pas toujours adaptés, mais reconnaît que son emploi du temps de professeur n’est pas régulier.

« C’est aberrant que les trains du matin ne s’arrêtent pas à toutes les gares »

Même avec des horaires fixes, le recours au train peut être compliqué, voire impossible, comme le déplore Pierre Dézèque. Habitant Arras, il travaille tous les jours, dans la zone d’activité de Tincques, à un kilomètre de la gare. « Pour être au bureau à huit heures, je devrais prendre le train à six heures et demie d’Arras à Saint-Pol, puis reprendre le train jusqu’à Tincques. Le premier train s’arrêtant à Tincques n’arrive qu’à neuf heures et demie. Je pourrais adapter un peu mes horaires mais pas arriver aussi tard au bureau. C’est aberrant que les trains du matin ne s’arrêtent pas à toutes les gares. » Pierre Dézèque est donc contraint de prendre sa voiture et effectue ainsi le trajet en moins d’une demi-heure, alors qu’il faudrait plus d’une heure en train en passant par Saint-Pol. « Je me ruine en essence alors que si je pouvais prendre le train, mon employeur paierait la moitié de mon abonnement. Quand je vois le nombre de voitures sur la route et toutes les personnes qui viennent travailler sur la zone de Tincques, je me dis que beaucoup prendraient le train si c’était possible. Au Japon, c’est un scandale si un train a trente secondes de retard, ici, la SNCF n’est même pas capable de proposer des trains aux gens qui vont travailler. »

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