L’église d’Herlincourt rénovée pour faire battre le cœur du village avec culte et culture


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« Pourquoi opposer culte et culture ? Nous sommes dans un lieu dédié à l’esprit, ouvert sur le monde. L’église peut et doit devenir ce nouvel espace communal, pour devenir demain un lieu de rassemblement. » Pour illustrer son propos, le maire d’Herlincourt a organisé une inauguration spectaculaire, animée par une comédienne, un trio de clarinettistes et des membres du conseil municipal. L’église a véritablement été remise au centre du village puisque ses abords ont également été réaménagés avec deux terrains de pétanque et un espace de loisirs et de biodiversité, qui accueille notamment la ducasse communale.

Remettre l’église au centre du village

« A partir de l’église, nous avons élargi la réflexion sur l’aménagement du centre de la commune », retraçait Philippe Armand. Ainsi, le ruban tricolore ne fut pas coupé à l’entrée de l’édifice, mais à l’extérieur, à côté des deux terrains de pétanque où le préfet et autres notables ont été invités à tirer ou pointer symboliquement, en l’absence de cochonnet. Puis, la comédienne a emmené l’assistance jusqu’à l’espace environnemental et de loisirs, avant de les inviter à pénétrer dans l’église Sainte-Croix où résonnaient les mélodies de Clarenternois. Les chaises étaient alignées dans la largeur de la nef, tournées vers un mur et non vers le chœur qui abritait le buffet. L’idée était de montrer qu’une église pouvait être utilisée autrement que pour le culte, sans pour autant évacuer la vocation religieuse originelle du lieu : une crèche était installée et le Christ en Croix dominait l’assistance. L’évêque, Monseigneur Jaeger, était d’ailleurs présent et a salué la réalisation, dont il a parfaitement compris l’esprit : « Un église, c’est un peu la maison commune dans un village – tout comme la mairie – qui parle de notre identité, de notre histoire. C’est un lieu pour rassembler, pour unir, où chacun doit pouvoir apporter ses richesses pour fortifier ce vivre-ensemble dont nous avons tellement besoin aujourd’hui. »

« Les dimensions cultuelle et culturelle sont conciliables, l’important est de donner vie au lieu »

Pourtant, cette volonté d’ouvrir l’église (fermée depuis quinze ans) à la vie séculière et de l’ancrer dans le XXIe siècle n’a pas fait l’unanimité. Le maire d’Herlincourt a réussi à convaincre son conseil municipal, mais s’est tout de même heurté à certaines réticences : « Durant le chantier de l’église est apparue l’opportunité de développer une scénographie particulière dans l’édifice. La commune a déposé un dossier à ce sujet auprès du département et nous avons remporté le prix de l’innovation territoriale. Une campagne s’est malheureusement organisée contre ce projet et certains ont cru judicieux de bloquer cette idée d’aménagement », déplorait Philippe Armand qui n’abandonne pas pour autant son ambitieux et novateur projet : « Nous représenterons un dossier correctif sur l’innovation territoriale, plus orienté sur l’acoustique, histoire de se faire entendre. La créativité est un ressort à utiliser avec détermination dans nos communes rurales. La créativité est source d’attractivité et doit donner à notre territoire sa véritable identité. » La démarche du maire a été encouragée par le président du conseil départemental : « Les dimensions cultuelle et culturelle sont conciliables, l’important est de donner vie au lieu. » Le préfet ne l’a pas contredit : « La ténacité est la mère des vertus publiques. Il ne faut pas oublier le passé mais aussi avoir un destin commun. » Après tout, le mot « église » vient du latin ecclesia, issu du grec ekklesia, qui signifie assemblée : le projet d’Herlincourt n’a finalement d’autre ambition que de rassembler la population, de préserver l’histoire et de construire l’avenir. Ainsi soit-il.

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