La fête des voisins d’ici et d’ailleurs au centre d’accueil de Nédonchel

Apéro, barbecue, musique, danse et décoration festive : c’est la fête des voisins à Nédonchel. Dans ce petit village perdu au fin fond du Ternois, les résidents permanents ont aujourd’hui des voisins venus d’Afghanistan, d’Irak, du Kurdistan… La plupart seront partis – et remplacés – dans moins d’un mois, quelques-uns étaient déjà là en 2018. Pour cette centaine de nomades de tous âges, Nédonchel n’est qu’une étape et ils en garderont le souvenir d’un point de répit au milieu des pérégrinations. Dans le centre d’accueil et d’étude des situations, ces voisins de passage ont mis les petits plats dans les grands pour accueillir le secrétaire général de la préfecture, la députée, le maire et surtout une quinzaine d’habitants du village – selon le principe de la fête des voisins. « La présence de ces habitants montre que c’est le début de la normalisation », selon le maire, Jean-Pierre Blanckaert. La députée Brigitte Bourguignon rappelle que « la France est avant tout le pays des Droits de l’Homme et une terre d’accueil, même si elle doit examiner les situations de chacun », et est approuvée par Marc Del Grande, secrétaire général de la préfecture : « Tout migrant qui vient dans le Pas-de-Calais a la possibilité d’être mis à l’abri à Nédonchel ou à Croisilles. Il y a d’abord le répit, puis l’examen des situations. »

Un bon concert vaut mieux que de longs discours

Ce soir, place au répit et les dignitaires se gardent de longs discours – qu’une grande partie de l’auditoire n’aurait pas compris – pour privilégier la musique et la danse, plus universelles. Vingt-cinq enfants du centre présentent leur chorégraphie sur un tube de Maître Gims : « Si je vous gêne, bah c’est la même ». Petit concert ensuite, avec deux musiciens : un Irakien et un Koweïtien qui jouaient dans l’orchestre national de leur pays respectif. Synthétiseur, darbouka et flûte à bec passent de l’un à l’autre, quelques gamines font virevolter leurs robes de princesse, sous les applaudissements de l’assistance et les caméras des smartphones. Les instruments ont été apportés par Jacques Botin, directeur de l’école de musique d’Aix-Noulette, qui pose pour la photo avec les deux virtuoses, avant de disserter sur la taille des flûtes à bec au Proche-Orient. Les réfugiés assurent le service, les invités conversent, le sous-préfet essaie d’échanger avec deux enfants pour savoir d’où ils viennent : Saraj a quitté l’Afghanistan voici six ans, il en a aujourd’hui douze, tout comme sa copine Mary, une Kurde ayant fui son pays il y a trois ans. Aucun des trois n’est anglophone de naissance, mais ils s’efforcent de se comprendre.

« Nous réussirons à faire changer les regards et les mentalités »

Parmi la quinzaine de Nédoncelois de toutes générations, Laurent et Valérie Hocquet sont venus en famille à cette fête des voisins. « Nous sommes arrivés à Nédonchel en même temps que les premiers réfugiés, il y a un an et demi. Quand on a vu les pancartes « Non aux migrants », on s’est dit en rigolant que c’était pour nous », sourit Laurent. Le nouveau venu a créé, avec l’appui du maire et de la Vie Active, l’association Saint-Menne, du nom du protecteur de la commune et saint-patron des caravaniers. « Notre objectif est de rassembler les Nédoncelois, de rapprocher tout le monde, pas seulement de s’occuper des migrants, précise Valérie. On n’a peur que de ce qu’on ne connaît pas, il faut aller au-delà des appréhensions. » « L’association va se développer. Nous réussirons à faire changer les regards et les mentalités », prédit le maire. « Ça se passe même de mieux en mieux, selon Laurent Hocquet. Nous avons la chance d’accueillir beaucoup de familles et la présence des enfants a apaisé les premières craintes. »

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