Incendie de Lubrizol : la communication officielle déconnectée de la réalité du terrain


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« Tous les signalements font l’objet d’une visite du SDIS avec prises de photos, prélèvements et vérifications auprès du voisinage », m’assure la chargée de communication de la préfecture. Quelques heures plus tôt, j’avais sollicité les services de l’Etat pour faire le point sur les retombées éventuelles de suies issues de l’incendie de l’usine Lubrizol. Nous sommes mercredi soir, le 2 octobre, sept jours après le désastre. Quand je reçois cet appel, je suis dans un village du Ternois, chez un couple qui a justement averti la gendarmerie après avoir constaté d’étranges traces sur une table de jardin. J’interromps l’interview pour répondre à la chargée de comm’ qui me transmet les éléments qui lui ont été donnés : « La cellule d’information du public a reçu quarante-deux appels (NDR : mercredi 2 octobre à 19h), trente-deux pour des signalements et dix pour des demandes d’informations. Les premiers prélèvements ont été analysés et aucun recoupement n’a été établi, pour l’instant, avec l’incendie de l’usine Lubrizol. » Je fais répéter la communicante pour m’assurer d’avoir bien compris la procédure. Elle me confirme ses propos : les signalements font « systématiquement » l’objet d’une visite avec prélèvements. J’objecte alors mes observations : « Je suis justement chez un couple qui a fait un signalement pour la présence de suies. Les pompiers viennent de passer. Ils ont simplement pris des photos et sont ensuite repartis. J’ai moi-même effectué un signalement mardi et je n’ai eu aucune visite. » En effet, j’ai constaté la présence de traces noires sur la voiture blanche de ma compagne, sur une poubelle restée dehors, une serre et du mobilier de jardin. Quand j’ai appelé la « cellule d’information du public » de la préfecture, mon interlocuteur m’a répondu : « Vous aurez peut-être une visite des pompiers. » Je n’ai vu personne.

Plusieurs signalements dans le Ternois n’ont fait l’objet d’aucune vérification

D’autres habitants du Ternois m’ont assuré avoir contacté les autorités et n’avoir reçu aucune visite. Mon interlocutrice s’étonne de mes observations et m’assure qu’elle me rappellera le lendemain pour répondre à mes autres questions : d’où proviennent les signalements et où ont été réalisés les cinq prélèvements effectués dans le département, comme annoncé par la préfecture du Nord. Je raccroche, je raconte mon surprenant échange au couple et nous poursuivons notre discussion. Dix minutes plus tard, la chargée de communication de la préfecture me rappelle et présente ses excuses : « J’avais mal compris. Les prélèvements ne sont pas systématiques. Ils sont effectués au cas par cas, selon le type de signalement. » Je lui demande si ce sont les pompiers qui décident ou non de faire des prélèvements lors de leurs visites, elle laisse entendre que oui, je lui objecte à nouveau : « Les pompiers qui sont venus tout à l’heure avaient un ordre de mission clair et on leur avait simplement demandé de réaliser des photos. » La communicante ne sait que répondre, la réalité de terrain ne correspondant pas aux éléments qui lui ont été fournis. Un peu confuse, elle propose à nouveau de me rappeler le lendemain (NDR : ce jeudi 3 octobre, à 17h, j’attends toujours). Si je n’avais pas enquêté sur le terrain, j’aurais naïvement repris les éléments de langage de la préfecture. Dans les faits, j’ai constaté que plusieurs signalements n’ont pas entraîné de vérification et j’ai vu deux pompiers dépêchés chez un couple – trois jours après le signalement – pour prendre des photos, sans effectuer le moindre prélèvement. Le couple et les proches à qui j’ai raconté cette histoire ne sont même pas surpris par l’écart entre le discours officiel et la réalité. Si la gestion de la crise par la préfecture du Pas-de-Calais pouvait sembler surprenante, la communication officielle semble aujourd’hui particulièrement fumeuse.

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