Le maire d’Herlincourt propose des concerts à domicile pour que le spectacle vivant le reste


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Alors que les acteurs du monde du spectacle occupent les théâtres ou se mettent à poil pour réclamer la réouverture des lieux de culture, Philippe Armand propose, plus modérément, de s’installer dans votre salon pour un concert, histoire que la culture continue de vivre. Metteur en scène à la ville et maire d’Herlincourt à la campagne, il est aussi musicien à ses heures perdues et a imaginé des petites sessions musicales à domicile : « Nous n’avons plus de musée, d’expo, de ciné, de spectacle vivant : on est traités de personnes “non-essentielles”. Dans cette morosité ambiante, les gens sont en manque de relations sociales, d’émotions. On nous répète qu’on doit apprendre à vivre avec ce virus, mais si c’est dans un monde sans culture, ça ne me semble pas possible. On doit pouvoir essayer de garder le spectacle vivant, tester des choses avec des petites jauges. » Évidemment, Philippe Armand n’a pas l’intention d’organiser des concerts clandestins, mais cherche à trouver une formule totalement respectueuse des recommandations sanitaires : « Vu la situation, on ne pourra pas réunir plus de six personnes, moi compris. Je pense même à installer un plexiglas au-dessus de mon pupitre. On appliquera les consignes, on est habitués désormais à évoluer dans des petits groupes. Ça ne pourra se faire qu’en semaine, le matin ou l’après-midi pour respecter le couvre-feu. Certains vont peut-être me tomber dessus, mais je respecte les règles qu’on nous impose. C’est presque une démarche thérapeutique : on sent bien que les gens ne vont pas bien et un peu de culture en direct ne peut être que bénéfique. »

« Nous sommes tous derrière nos écrans, ça a donné de belles initiatives numériques, mais ça n’a rien à voir avec un spectacle vivant. »

Philippe Armand, artiste-maire d’Herlincourt

Intermittent en retraite progressive, Philippe Armand ne fait pas partie de ceux qui ont dû retrouver le chemin de l’usine pour boucler les fins de mois. Habitué aux grands événements rassemblant des centaines, voire des milliers de personnes, ses activités artistiques sont à l’arrêt depuis maintenant un an : « Le public souffre de cette situation, mais aussi les artistes et tous ceux qui travaillent dans l’ombre. Depuis un an, je n’ai pu monter aucune représentation. Pour les fêtes de Gayant à Douai, on a travaillé pour s’adapter au contexte sanitaire, mais tout a été annulé, à deux reprises. Nous devons réfléchir à des solutions pour continuer à pratiquer et faire vivre la culture. Nous sommes tous derrière nos écrans, ça a donné de belles initiatives numériques et heureusement car il ne nous restait plus que cela, mais ça n’a rien à voir avec un spectacle vivant dans une salle pour communiquer des vibrations, de l’émotion. » Outre ses activités artistiques professionnelles, Philippe Armand gratouille la six cordes. Il a appris la guitare « au lycée, comme tout le monde », en reprenant les standards de Dylan, des Beatles ou de Simon & Garfunkel. Son répertoire s’est étoffé au fil des années et des soirées au coin du feu et il en a tiré une quinzaine de titres pour ses petits concerts privés.

« Si ce jour là je respire encore, j’irai couvrir de baisers la Statue de la Liberté »

Louis Chedid, La Belle

Avec « Chansons non-essentielles (mais néanmoins nécessaires) », l’artiste a opté pour des textes qui font écho à notre nouveau quotidien : « Si ce jour là je respire encore, j’irai couvrir de baisers la Statue de la Liberté » avec La Belle de Louis Chedid ; « Je sers plus à rien, moi, y a plus rien à faire » dans Les Mains d’or de Bernard Lavilliers ; ou encore Les Voisines de Renan Luce qui prend une autre dimension lorsqu’on a connu un confinement. À ceux-là, Higelin, Dominique A, Nougaro ou encore Les Fatals Picards pour un peu de légèreté, le répertoire de Philippe Armand est assez varié pour offrir une bonne heure de concert. Il lui suffit d’une prise électrique pour brancher son ampli à côté d’un tabouret et d’un pupitre : « Le dispositif est minimaliste, mais ça pose le cadre du spectacle. Ça paraît dérisoire, mais ça reste un véritable boulot de travailler, répéter tout cela. » Néanmoins, Philippe Armand ne demande d’autre rémunération que la possibilité de pouvoir partager un peu de culture avec le public et de jouer. D’habitude plutôt dans l’ombre, l’exercice est une première pour lui, mais il se lance avec la certitude que la culture est un bien nécessaire. Et si une note frise sur sa guitare, accrochant l’oreille, réveillant le corps, elle provoque un petit frisson oublié depuis longtemps dans un monde et une culture aseptisés : une fausse note qui vous rappelle que vous êtes vivant.


« Chansons non-essentielles (mais néanmoins nécessaires) » : concert gratuit à domicile, dans le respect des contraintes sanitaires. Contact : Philippe Armand au 06.08.36.49.64.


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