Fin du bistrot familial de Croisette : les deux tenancières expulsées


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C’était le bistrot du coin, le rendez-vous immémorial des chasseurs, le buraliste connu des fumeurs pour être ouvert tous les jours de l’année, la petite épicerie qui dépannait les habitants de Croisette et des alentours. Un café de village qui se transmettait de génération en génération depuis plus d’un siècle. En ce début de nouveau millénaire, c’était Marie-Claire Devillers et sa fille, Jacqueline, qui étaient derrière le comptoir, mais les difficultés financières ont finalement eu raison de l’affaire familiale. La famille a été expulsée manu militari le jeudi 28 juin. Le bistrot et la maison attenante sont désormais abandonnés.

« Le prix était une honte, ce n’est pas normal qu’on puisse léser des gens comme ça »

En 2000, Jacqueline Devillers avait repris l’exploitation agricole associée au café et souscrit des emprunts pour acheter du matériel, sa mère s’étant portée caution solidaire (L’Abeille de la Ternoise, 6 juillet 2017). Les difficultés s’accumulant, l’activité de la ferme est arrêtée en 2009, mais il restait 30 000 euros à rembourser. La banque a donc lancé une procédure qui a conduit à la vente aux enchères de l’ensemble immobilier : mise à prix de 5 000 euros. Une société civile immobilière a racheté ainsi les deux maisons « pour une bouchée de pain » selon le maire, Claude Bachelet : « Le prix d’adjudication était une honte. Ce n’est pas normal qu’on puisse léser des gens comme ça. Nos élus devraient légiférer pour imposer un prix de vente minimum. » Arrivé dans la commune en 1955, le maire a toujours connu le petit bistrot : « Pour nous, c’est désolant de voir ce café fermer. C’était un lieu de rencontre. Il y avait toute une vie sociale autour de ce lieu, sans même qu’on s’en rende compte. C’est surtout triste pour ces pauvres gens qui ont été expulsés. J’espère qu’ils trouveront une solution pour son avenir. » Selon Claude Bachelet, Jacqueline, sa mère et ses deux filles ont trouvé refuge chez des proches dans un village voisin. « On les avait aidées pour leur activité agricole voici quelques années. Là, elles n’ont pas voulu être accompagnées. L’expulsion a été repoussée de quelques mois. Elles pensaient sans doute qu’une telle mesure ne pourrait pas arriver. » La loi est dure, mais c’est la loi : le couperet est tombé et les tenancières du bistrot ont dû abandonner leur affaire familiale.

Un projet de gîte et de café engagé dans l’ancien café Le Flornoy

Claude Bachelet estime peu probable que les bâtiments accueillent de nouveau un café, mais un nouveau lieu de convivialité va bientôt ouvrir, à quelques mètres de là : le conseil municipal a lancé un vaste projet autour de l’ancien café le Flornoy, fermé en 2012. « Nous avons racheté les locaux pour recréer un peu d’activité. Les travaux ont démarré en début d’année et on devrait pouvoir ouvrir début 2019 », annonce le maire. La partie habitation accueillera un gîte de groupe pour quatorze personnes, la partie bar a déjà trouvé un repreneur et une salle d’activités sera ouverte aux associations, le tout pour un montant annoncé de 800 000 euros. Le maire se défend d’avoir profité de la fermeture du café-tabac Devillers : « On ne cherche pas à profiter du malheur des autres. Notre projet était engagé bien avant, dès 2014. » Un projet qui correspond sans doute plus au XXIe siècle que le vieux bistrot de famille.

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