Dix gilets jaunes témoignent de leur détresse au député et au maire de St-Pol

« On ne demande pas des aides mais que les gens puissent vivre de leur travail », résume Ludovic qui a quitté le rond-point de Grandcamp pour répondre à l’invitation du député : Bruno Duvergé a souhaité s’entretenir avec une délégation des gilets jaunes du Ternois pour comprendre leur colère et leurs revendications. Ils sont dix autour de la table, des hommes et des femmes, à peine majeurs ou déjà à la retraite, mais tous confrontés aux fins de mois difficiles : « Pas que les fins de mois, les débuts aussi. En fait, c’est difficile les trente derniers jours du mois », ironise David.

« On est le 7 décembre et il me reste cent euros pour finir le mois »

Après dix-sept ans passés dans les travaux de couverture, il est aujourd’hui au chômage et touche à peine plus de huit cents euros : « Une fois que j’ai payé le loyer et l’électricité, je n’ai plus rien. On est le 7 décembre et il me reste cent euros pour finir le mois. » Christian s’en sort à peine mieux : « Avec ma retraite, j’ai droit à 1 200 euros par mois, mais il ne reste que 200 euros quand tout est payé. Ce n’est pas normal d’avoir à payer plus de CSG. Je dois payer la voiture, la mutuelle et tout le reste, mais je n’ai aucune aide. » Certains retraités doivent également soutenir leur famille, comme les grands-parents d’Angelino qui hébergent leur petit-fils de vingt-deux ans en attendant que sa situation s’améliore : « Pôle Emploi me propose des offres à Amiens, mais je n’ai pas le permis de conduire. J’ai fait une garantie jeunes, des stages à Lens et je me levais tôt tous les matins pour prendre le train. » Angelino veut travailler, tout comme Alexia qui, à dix-huit ans, n’a pas été épargnée par la vie : « J’ai dû prendre une année sabbatique suite à une lourde opération : j’ai la colonne vertébrale défoncée. Je suis reconnue travailleuse handicapée, mais je ne trouve pas de poste ni même de stage. Je n’ai pas le permis de conduire ni les moyens de le passer. C’est difficile de trouver quelque chose à Saint-Pol et en-dehors quand on n’a pas le permis. » Hervé confirme : « À Saint-Pol, c’est la famille en priorité. Il faut connaître quelqu’un pour trouver du boulot. » Cathy a trouvé du travail chez Herta, en tant qu’opératrice en conditionnement, mais sa situation reste précaire, même après plusieurs années d’ancienneté : « On n’y arrive plus avec un seul salaire. J’ai dû racheter une voiture d’occasion pour me déplacer. Je fais des postes de 12h30 les samedis et dimanches, mais je ne me vois pas continuer comme ça jusqu’à soixante-trois ans. Les machines vont de plus en plus vite et les gens n’arrivent plus à suivre. »

« Ce qui m’interpelle, c’est surtout le nombre de personnes concernées »

Les représentants des gilets jaunes détaillent un par un leur situation, avec Cassandra, étudiante en BTS, qui n’a pas le droit à une bourse et vit grâce au salaire de son copain ; Dominique, dont le fils ne trouve pas d’emploi malgré l’envoi de soixante CV depuis le mois de juillet ; Ludovic qui a ouvert un magasin de déstockage où de plus en plus de clients lui demandent un crédit ; ou encore ce chômeur longue durée qui s’est lancé en tant que micro-entrepreneur mais qui déplore : « Le peu que je gagne, je le donne en impôts et cotisations. Il me reste 200 euros par mois pour vivre à trois. » Tandis que les habitants égrainent leurs situations, le député et son assistant prennent des notes. Une fois le tour de table terminé, Bruno Duvergé invite ses interlocuteurs à laisser leurs coordonnées : « On est parti pour trois ou quatre mois de discussions. On va vous recontacter individuellement pour étudier les situations et les budgets de chacun, au cas par cas. Nous prendrons le temps nécessaire pour bien décrire les situations dans lesquelles vous vivez et comprendre comment vous en êtes arrivés là. Je suis député depuis dix-huit mois et je rencontre beaucoup de personnes qui connaissent les mêmes problèmes. Ce qui m’interpelle, c’est surtout le nombre de personnes concernées et beaucoup ont enfilé le gilet jaune. »

« Ces gens sont au bord du gouffre et peuvent vite basculer »

Le maire, Maurice Louf, a également interpellé le député : « Je profite de l’occasion pour prendre mon gilet jaune… » « Venez avec nous sur le rond-point alors », l’interrompt Dominique. « Mais nous sommes avec vous », assure le maire, avant de reprendre : « Je souhaite que le gouvernement et les députés continuent de donner des moyens aux collectivités et qu’ils arrêtent de diminuer les crédits de fonctionnement, pour les contrats aidés par exemple. On voit les services publics être de plus en plus transférés sur les écrans, mais il est important de maintenir le contact humain. » Cette rencontre aura au moins permis de nouer un premier contact entre les gilets jaunes du Ternois et le député qui s’est engagé à faire remonter les demandes des manifestants au sommet de l’tat : « Nous allons organiser des entretiens individuels pour que je sois capable de bien parler de chaque situation. Il existe aussi beaucoup de dispositifs qui sont mal utilisés, parfois on peut régler certaines situations avec un ou deux coups de fil. Nous sommes face à des situations où les gens sont au bord du gouffre et peuvent vite basculer. Nous allons étudier les situations familiales, les budgets, les parcours de vie. Je veux comprendre tout cela. Est-ce que la démarche vous convient ? On continue comme ça ? » « En tout cas, nous, on continue », lancent les gilets jaunes, plus ou moins convaincus par leur entrevue avec le député. « Il nous a endormis pendant une heure », juge David, tandis que Cathy relativise : « Au moins, il nous a écoutés. » Le lendemain de la rencontre, tous étaient de retour sur le rond-point pour manifester leur ras-le-bol.

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