Belval – Espèces sonnantes et serpents succèdent aux cisterciennes

À l’époque des religieuses, la règle imposait le silence et le dénuement à l’abbaye de Belval. Depuis, il n’y a pas que l’église qui a été désacralisée : la nouvelle règle, c’est de faire du bruit et de causer pognon. « Faire de l’argent, c’est important. On va parler d’argent, ce n’est pas un gros mot. L’abbaye était un lieu replié sur lui-même, maintenant, le cap, c’est l’économique. Le changement, c’est maintenant », a annoncé Samuel Sarrazyn lors d’une réunion visant à présenter les nouveaux projets pour faire vivre l’abbaye, devant plus d’une centaine d’auditeurs qui ont découvert le virage envisagé pour ce site emblématique du Ternois.

Des partenariats pour créer de l’activité économique sans dépenser d’argent
Samuel Sarrazyn l’affirme sans sourciller, il ne connaissait pas l’abbaye ou ses activités avant d’y être embauché : « Depuis 2001, quand je suis arrivé dans le Ternois, j’avais dû venir trois fois à l’abbaye. Quand je l’ai visitée fin novembre, j’y ai vu un potentiel incroyable : dix mille mètres carrés de plancher, douze hectares de site, une boutique, une fromagerie… Il ne manque que le public. » Il est donc arrivé avec un regard neuf et une vision entrepreneuriale avec une idée : développer le business. Toutes les idées sont bonnes pour attirer des visiteurs et depuis son arrivée en novembre, il a déjà engagé de grands projets. La bibliothèque des religieuses a été transformée en un espace de restauration et a déjà accueilli une soirée quizz sur le Ternois en partenariat avec Cap Nord Découverte, Zélie Duffroy et Josselin Gosselin – qui a si bien marché qu’une deuxième édition est programmée pour le 4 avril. Une illustration de la stratégie de Samuel Sarrazyn : développer des coopérations avec d’autres acteurs pour attirer un public différent à l’abbaye. Ainsi, la céramiste Mercédès Joussé a déménagé son atelier à Belval : « On veut que le lieu soit ouvert à tous les artistes. Ainsi, on crée de l’activité économique sans dépenser d’argent. » En partenariat avec Loupiote, jeune entreprise de Ligny-Saint-Flochel, la première édition de “Belval Retro Folies” est programmée le 28 septembre avec des collectionneurs, des vinyles, des brocanteurs, une expo de mobylettes anciennes ou encore un défilé de vêtements de seconde main dans l’église désacralisée. Un salon du mariage est également prévu pour le 12 octobre, avant le traditionnel marché de Noël des 22 et 23 novembre – qui a attiré près de quatre mille visiteurs l’année dernière.

Le vétérinaire Alain Degardin a présenté le Refuge de Kaa qui ouvrira une succursale dans l’abbaye.

L’ancienne aumônerie accueillera des serpents dans une serre tropicale
Mais Samuel Sarrazyn avait gardé le meilleur pour la fin, avec un projet allant bien au-delà de la simple animation du site : l’accueil de reptiles et de poissons ! Une partie de l’abbaye (l’ancienne aumônerie) va être transformée en un refuge pour ces animaux, en partenariat avec l’association de Barlin “Le refuge de Kaa” (du nom de l’hypnothique python du Livre de la Jungle). Inauguré en septembre dernier à Barlin, le refuge est déjà à l’étroit pour accueillir les reptiles, batraciens et poissons abandonnés ou trouvés dans la nature. Le projet vise notamment à aménager une « serre tropicale » dans le bâtiment de l’aumônerie (en couvrant la cour précise même La Voix du Nord), pour créer « un grand enclos reproduisant le biotope des animaux ». Ce refuge pourra accueillir du public, notamment des scolaires, des autistes, des enfants de la protection judiciaire de la jeunesse ou des résidents d’Ehpad, comme c’est déjà le cas à Barlin. En plus de ses bénévoles, l’association s’appuie sur l’expertise du vétérinaire, qui intervient notamment à Nausicaa, centre national de la mer à Boulogne : « On va pouvoir dire que l’abbaye est associée au nom de Nausicaa. Ça va faire du bien d’être associé à ce genre de nom, plutôt que d’être associé à d’autres choses… », se félicitait Samuel Sarrazyn.

Le capital est ouvert !
En effet, ces dernières années, la fréquentation de Belval s’est effondrée, notamment suite à l’accueil durant une année de réfugiés en 2017 – mais pas uniquement. « On a un gros travail de communication à faire. Pour l’activité hôtelière, on ne peut pas être plus bas », constatait le chargé de mission, qui a encore plein d’idées pour transformer l’abbaye, avec par exemple des logements insolites ou de l’accrobranche dans le bois. Quant au serpent de mer que constitue le projet de rachat, s’il était annoncé comme imminent en fin d’année dernière, il est aujourd’hui remise aux calendes grecques : « Depuis le 1er janvier 2025, la SAS Abbaye de Belval est une SCIC – Société coopérative d’intérêt collectif. Nous avons mis en sommeil le rachat pour créer ce dispositif. Si nous avions racheté l’ensemble, nous aurions mis la clé sous la porte », explique Jacques Baillon, président de cette nouvelle SCIC, capitalisée à hauteur de 345 120 euros. Il est même possible d’acheter des actions et d’entrer au capital – à défaut du Royaume des Cieux : désormais, à Belval, l’argent n’est pas un gros mot, c’est même devenu la nouvelle religion.


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