Expatriée dans le Ternois, Emily suit les incendies qui ravagent son pays

« J’ai vu que trois de mes amis avaient partagé des vidéos des incendies près de leur maison, dans trois endroits différents. J’ai tout de suite appelé mon père pour savoir ce qu’il se passait. » Depuis un an, Emily a quitté l’Australie, pour découvrir la France et atterrir dans le Ternois d’où elle a suivi, impuissante, les incendies qui ont ravagé sa terre natale. « J’ai appris au mois de novembre que les incendies étaient dix fois pires que les autres années. Les premiers se sont déclarés en septembre, ça n’arrive jamais aussi tôt. Il y a des incendies tous les ans, mais d’habitude, c’est plutôt à Noël, en janvier et en février,  où il peut faire jusqu’à quarante ou quarante-cinq degrés. Cette année, on a atteint cette température dès le mois de novembre », explique Emily dans un français quasi parfait.

« Certains de mes amis ont dû quitter leur maison et être évacués. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que ce n’était pas normal. »

Originaire de Geraldton, sur la côte ouest, elle n’était pas particulièrement inquiète pour ses proches, puisque les incendies n’atteignaient jamais sa région, jusqu’à cette année : « Les forêts sont plutôt dans le sud, je ne pensais pas que le feu pouvait arriver jusque chez moi. On n’avait jamais eu de menace, mais cette fois, des incendies se sont déclarés dans ma ville. Certains de mes amis ont dû quitter leur maison et être évacués. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que ce n’était pas normal. » Emily va retrouver sa ville quasiment intacte mais ce n’est pas le cas des quatre autres étudiants australiens qui participent au programme d’échange du Rotary dans le Nord-Pas-de-Calais : « Les incendies sont vraiment importants chez eux. On en parlait entre nous et on essayait d’expliquer aux autres ce qu’il se passait mais personne ne réagissait avant ces dernières semaines.  Les informations en France ne sont pas les mêmes que celles que je peux avoir de l’Australie. Maintenant, les gens viennent me voir pour me demander comment ça va et comment ça se passe là-bas. C’est bien qu’ils s’y intéressent et en parlent, même si ça me fait mal au cœur. » 

« La Terre n’a pas besoin de nous, mais nous avons besoin d’elle. »

« Il faut maintenant penser à ce qu’on pourra faire après les incendies. »

La jeune Australienne de dix-neuf ans peut ainsi expliquer à ses camarades français la situation en Australie : « Il y a un grand trou dans la couche d’ozone au-dessus de l’Australie, c’est pour ça qu’il fait si chaud. Là-bas, on brûle avant de bronzer. Un habitant sur trois risque de développer un mélanome. » Emily a elle-même été touchée à l’âge de dix-sept ans, ses parents ont également été concernés. L’Australie est en première ligne face aux conséquences du changement climatique et l’étudiante expatriée est aujourd’hui pessimiste sur l’avenir de son pays et de la planète : « On a toujours connu la sécheresse, mais c’est la pire depuis des années. Pour moi, les incendies sont directement liés au changement climatique, c’est sûr. La situation n’est pas normale, les températures sont plus élevées, le vent est plus fort que d’habitude. Dix-sept personnes sont mortes dans les incendies, sans compter les disparus, alors qu’il n’y avait pas de morts les autres années. Les koalas ont perdu leur habitat et il faudra des années avant qu’ils puissent le retrouver.  Il faut maintenant penser à ce qu’on pourra faire après les incendies. »

« Si on ne parle pas du changement climatique maintenant, quand est-ce que ce sera le moment ? »

Emily assure que la population australienne est très sensible aux questions environnementales, mais elle déplore que son gouvernement se refuse à agir : « Tout le monde est très en colère contre notre Premier Ministre. Il a dit que ce n’était pas le moment de parler de changement climatique, mais si on ne le fait pas maintenant, quand est-ce que ce sera le moment ? Tout cela me fait très peur. Je pense qu’il est trop tard mais on peut essayer de limiter les conséquences. On sait depuis les années quatre-vingts que le climat change, mais si notre Premier Ministre ou les dirigeants du monde comme Bolsonaro (NDLR : Président du Brésil) n’y croient pas, qu’est-ce qu’on peut faire ? On peut marcher plutôt que prendre notre voiture, remplacer les pailles en plastiques par des pailles en papier, ça ne peut pas faire de mal, mais pendant ce temps-là, les millionnaires continuent de voyager en jet privé. La population fait ce qu’elle peut, mais si les millionnaires ne font rien, c’est mort. Ça peut sembler bête, mais on doit essayer de limiter les dégâts pour nos enfants. » Pessimiste mais pas résignée, Emily ambitionne une carrière de diplomate, où elle réussira peut-être à convaincre les grands de ce monde d’agir pour sauver la planète : « La Terre n’a pas besoin de nous, mais nous avons besoin d’elle. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Revenir en haut de page