Finding George Chapitre 7 : La Résistance lives on


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Sains-les-Pernes, 2018/07/08, 4.07 pm

Perdus dans le village, le sergent Bornemeier et son équipe tombent sur le monument aux morts où ils retrouvent le nom du commandant du secteur 9 des Forces Françaises de l’Intérieur : le capitaine Arthur Feitve. Soixante-quatorze ans auparavant, jour pour jour, le chef local de la Résistance récupérait le sergent Ferguson, premier à sauter du B17 piloté par le lieutenant Wilson et qui allait s’écraser à Monchy-Cayeux. À 22 ans, Arthur Feitve est tombé sous les balles allemandes lors de la Libération, mais son nom est toujours porté par ses descendants dans deux maisons de la rue d’Anvin que trouvent enfin les hardis enquêteurs. Ils suivent Pascal Feitve dans le salon où les cyclistes pédalent sur les routes de Vendée. Après l’appel du Gobelin, deux heures plus tôt, le Sanctanois s’est rendu chez sa voisine, sa mère, qui lui a confié les documents de guerre d’Arthur Feitve. Les reliques sont exposées sur le buffet et la table du salon : lettres, photographies, coupures de presse, papiers d’identité… Parmi tous ces documents qu’il ne peut comprendre, il découvre avec émotion un courrier signé de Dwight D. Eisenhower, président des États-Unis d’Amérique, et une carte écrite en anglais de la main du sergent Ferguson : « En remerciement à mon cher ami et sauveur avec la plus grande sympathie et le plus grand chagrin. Reginald » Le sergent américain est resté quelques jours à Sains-les-Pernes avant d’être exfiltré à Calonne-Ricouart : « J’ai sauté le 8 juillet et atterri au nord-est de Sains-les-Pernes (Pas-de-Calais). J’ai été mitraillé durant ma descente et je me suis caché pendant quatre heures après mon atterrissage. J’ai été trouvé par un lieutenant des patriotes et emmené à Sains-les-Pernes. Je suis resté caché pendant trois jours à la maison de M. Arthur Feitve. Il était lieutenant dans les FFI et a été tué plus tard en combattant les Allemands. Il vivait avec ses parents et ses deux frères. Il était aidé par M. et Mme Wattiare-Vasseur dans la même commune qui étaient aussi actifs dans les FFI. Le 12 juillet, j’ai été emmené chez Léon Benoît, 43 rue d’Hesdin, Calonne-Ricouart, Pas-de-Calais. Léon était un mineur. Sa femme s’appelait Suzanne. Leurs enfants étaient mariés et partis de la maison. Le sergent-chef Michael MIYO, AAF, était aussi dans cette maison. Il avait été abattu sept mois auparavant. Les troupes anglaises sont entrées dans la ville le 6 septembre et, le 8, nous avons été emmenés à un terrain d’aviation. Nous avons embarqué pour la Grande-Bretagne le 9 septembre 1944. » Le sergent Bornemeier détaille les raisons de sa présence à Pascal Feitve qui découvre une nouvelle page de l’histoire de son aïeul. Curieuse mais discrète, la petite dernière de la lignée apprend que son arrière-grand-père était un héros.

Sains-les-Pernes (France), 1944/09/03 (récit par Victor Feitve)

« Ordre à la Résistance fin août 1944. La mission des FFI est claire : il leur revient de harceler les Allemands à la retraite, de nettoyer les îlots de résistance et de protéger les populations civiles d’éventuelles représailles. »

Le dimanche à midi, le groupe de résistants du secteur 9 « Voix du Nord » dirigé par Arthur Feitve, alias capitaine Alex dans la clandestinité, a fait trente-sept prisonniers dont un capitaine et plusieurs sous-officiers. Ruben Wattiau, alias lieutenant Marcel, en assure la garde, aidé par des résistants de Pernes et Sains-les-Pernes qui se relaient auprès de lui. Au cours d’une patrouille effectuée la nuit précédente à Tangry, le capitaine Alex a rencontré un char anglais au carrefour face à l’église. Le chef du blindé lui a confié qu’il allait prendre position à Pernes et que les troupes alliées étaient proches. Le dimanche après-midi, vers 14 heures, des hommes de garde, placés à l’entrée du village, route de Boyaval, aperçoivent, venant jusqu’à la première ferme de Sains, deux éclaireurs cyclistes allemands. L’un des résistants lance une grenade dans leur direction, ils font demi-tour. Au même moment, un guetteur qui était posté dans le clocher de l’église vient avertir Alex que, de la route de Boyaval, arrive un groupe important d’Allemands. Pressentant le danger que pouvait constituer pour le village la découverte des prisonniers et ne disposant pas de moyens suffisants pour attaquer, Alex fait aussitôt appel au char qui se trouve à Pernes. Le chef du char accepte de venir prêter main forte et demande quelques hommes pour l’accompagner. Alex est derrière le blindé, je me joins à lui ainsi que Quelquejeu et Halipré de Pernes. Au niveau du carrefour de la D77 et de la D71, Pruvost de Fiefs s’intègre au groupe armé de fusils provenant des prisonniers. La petite escorte suit le char en courant. Les Allemands, entendant le char, rebroussent chemin (le plus grand nombre emprunte le sentier vers le bois de Boyaval, le reste continue à fuir sur la route). Face à l’endroit du monument actuel, les fuyards obliquent dans le champ à droite, ils sont alors à notre portée. Le char ouvre le feu : deux Allemands tombent. Le blindé effectue un long mouvement circulaire, obligeant les autres à revenir vers le chemin. une dizaine de mètres avant d’y arriver, les Allemands jettent leurs arment et lèvent les bras. Le char revient sur la route et s’arrête près d’Alex. Le chef soulève sa coupole et il s’adresse à mon frère en anglais (à première vue, plus d’ennemis à proximité). Croyant sa mission terminée, il repart rapidement vers Pernes. Le blindé est déjà loin. D’une chicane située à une cinquantaine de mètres en avant, que les Anglais n’avaient pas aperçue, des coups de feu sont tirés dans notre direction. Nous nous plaquons au sol et ripostons à plusieurs reprises. Soudain, Quelquejeu, allongé près de moi, est touché. Pruvost, placé légèrement en avant, se retourne. Il est atteint à son tour. Il comprime sa plaie au niveau du foie et dit, suppliant : « Sauvez-moi, j’ai trois enfants. » Voulant venger ses hommes, Alex se soulève un peu pour riposter. Le soleil me fait distinguer le canon d’un fusil dirigé vers lui. Je lui crie : « Ne bouge pas ! » Trop tard, le coup part en même temps. A mon appel « Tu es touché ? », je ne reçois qu’un faible « Oui ». Halipré qui était en arrière à pu se mettre hors de portée. Je n’ai plus qu’une issue : c’est de faire avancer le groupe de prisonniers resté dans le champ, bras levés, et de les faire placer entre les tireurs et nos blessés. Au moment d’en donner l’ordre, croyant sans doute tout danger écarté, un soldat s’extrait du trou. Je tire et le vois tomber. Sous la menace de mon arme, je fais avancer les prisonniers en écran sur la route. Je constate que Quelquejeu est mort, Pruvost gravement blessé. Je me précipite sur mon frère tombé face au sol. Je le soulève et vois avec horreur tout son visage baigné de sang. Pour lui, comme pour Quelquejeu, je ne peux plus rien. Plusieurs prisonniers sont blessés. Avec ceux restés valides, je ne peux hélas que faire porter Pruvsot. Toujours surveillant l’endroit meurtrier, je réussis à m’éloigner avec le blessé et les prisonniers vers Sains.

Les Allemands refoulés ne revinrent pas à Sains. Après plusieurs années dans la clandestinité, Alex et deux de ses fidèles compagnons assumant leur responsabilité jusqu’au bout ont donné leur vie pour la libération de la France. L’année suivante, les résistants du secteur 9 « Voix du Nord » firent ériger un monument à l’emplacement où fut tué Alex. On peut lire inscrit sur la stèle :

A la mémoire

Du capitaine Feitve Arthur alias Alex

Commandant le secteur 9 des FFI

Des Francs Tireurs

Quelquejeu Benoît et Pruvost Fernand

Tombés glorieusement pour la Patrie

Le 3 septembre 1944 à Sains-les-Pernes

To be continued…

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Retrouvez les épisodes précédents:
Prologue : la piste des jeteurs de foin de Money-Cayeux
Chapitre 1 : la French Connection

Chapitre 2 : la Communauté de la Baguette

Chapitre 3 : les preuves des balles

Chapitre 4 : la terreur venue du ciel

Chapitre 5 : des détectives et des détecteurs

Chapitre 6 : l’appel à témoin

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